La pelleteuse

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La pelleteuse

Le canal de Suez a enfin été rendu à une circulation normale des navires. Après une semaine de stase, l’Ever Given a été débloqué et remis dans le bon sens. Le trafic maritime, dont tout le monde s’est aperçu à l’occasion qu’il était aussi considérable que vital, a pu reprendre.

Pas moins de 425 bateaux attendaient, certains avec des animaux vivants à bord, et d’autres avec des denrées dont on allait rapidement manquer si la situation perdurait. Parmi elles, café, consoles de jeux, et… papier toilette. L’expérience témoigne qu’il est impensable de manquer des trois en période de confinement…

Ce qui est curieux c’est que personne ne nous a expliqué vraiment ni comment c’est arrivé, ni comment ça s’est résolu.

La seule image un peu étrange, virale sur Internet, était celle de cette toute petite pelleteuse face à un géant des mers de 400 mètres de long et de 220 000 tonnes, en travers du canal qui ne fait que 300 mètres de large.

Est-ce elle qui, vaillamment, a creusé le bord de la voie d’eau pour dégager la poupe ou la proue, ou les deux ? Peut-être aidée de tout aussi petits remorqueurs, qui tout aussi courageusement, auront tiré, poussé pour faire bouger la bête.

On ne sait pas trop. Mais comme dit le proverbe « on a toujours besoin d’un plus petit que soi ».

Le fait est qu’on apprend quand même que toute heure de blocage coûtait 400 millions de dollars par heure, presque 10 milliards par jour au commerce maritime. Donc c’est sûr qu’il était urgent de trouver une solution, et d’y mettre des moyens. Qui ne se sont, sans doute (on l’espère), pas résumés à l’intervention d’une pelleteuse. A moins que le prix des travaux publics ait aussi considérablement augmenté ?

10% du trafic maritime mondial passe chaque année par ces 190 km ouvragés par Ferdinand de Lesseps (merci Lavisse, Mallet-Isaac et Michaud). Autant que le canal de Panama, aussi promu par le même Ferdinand, mais qui lui fut l’objet d’un scandale qui ruina des milliers d’épargnants (rien à voir mais ça, c’était la minute culture de la LTR de cette semaine…). Ces grands ouvrages d’art du XIXème siècle épargnent, au XXIème siècle (notez au passage l’emploi des chiffres romains) des milliers de miles en mer, et des semaines, voire des mois de transport.

Ce que tout cela dit c’est que notre économie mondiale dépend totalement du trafic maritime. Et quand ça bouchonne dans un canal, ce sont toutes nos économies qui vacillent.

Mais heureusement, il y avait une pelleteuse…

(Et des camions à l’arrivée qui attendent plus ou moins patiemment, et plus ou moins à perte, pour livrer les derniers kilomètres.)

Florence Berthelot

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