L’emploi dans les taux

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L’emploi dans les taux

Malgré un taux de chômage élevé, il est des secteurs dans notre pays qui ont du mal à recruter. Parmi eux, le bâtiment, l’hôtellerie-restauration et… le transport et la logistique. Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis des années, la tension sur le recrutement se fait sentir. Malgré de nombreuses initiatives avec l’ensemble des acteurs de la Profession et de l’Emploi, la branche transport peine à pourvoir les postes vacants.

En général, il se passe ce qu’il se passe toujours. Le Gouvernement nomme une personnalité qui identifie les problèmes et ensuite, dans un délai très court, doit proposer des plans d’action.

C’est ainsi que les partenaires sociaux de la branche ont pu échanger librement avec Monsieur Dole, Inspecteur Général des Affaires sociales, lors d’une première réunion. Du côté des Organisations syndicales, sans véritable surprise, le tir a été nourri du côté des rémunérations salariales insuffisantes et de conditions de travail dégradées.

Mais le débat n’en est pas resté là. La dernière et énième réforme de la formation professionnelle (et malheureusement probablement pas la dernière), en misant tout sur la seule voie de l’apprentissage, et en ne ciblant pour tout le reste que les entreprises de moins de 50 salariés, n’offre pas de grandes solutions de financement à toute personne de plus de 29 ans, en reconversion de carrière.

La mauvaise connaissance du secteur par les acteurs ou les personnes en charge, dans certaines régions, n’arrangent pas les choses. Les élus locaux connaissent certainement mieux le transport scolaire que le transport de marchandises et la logistique.

On pourrait ajouter à cela de multiples autres causes, certaines très techniques, et bien révélatrices de la complexité d’un système assez peu lisible.

Du bout des lèvres, le ministre de PME pointe aussi un dispositif d’assurance chômage peut-être pas assez incitatif pour le retour au travail. Le sujet est politiquement sensible.

D’où la volonté de réforme de l’assurance-chômage. Mais là aussi on se heurte à un hic. Le premier est clairement qu’en fonction des situations, un demandeur d’emploi verra ses allocations considérablement baisser.
Le second problème, c’est que comme on cherche toujours de l’argent partout, pour financer cette réforme, on entend créer un malus (et donc un surcoût de cotisations) pour les entreprises d’un secteur dont « le taux de séparation » serait supérieur à la moyenne du secteur.

Pour cela (et on vous épargnera les grandes considérations techniques qui s’appliquent), on tranche à la hache de grands secteurs, on fait une moyenne au regard des statistiques de départs de postes. Ainsi le transport routier et la logistique se retrouvent dans un très grand secteur qui comprend des modes qui ne relèvent pas de sa branche, et certains étant publics, feraient baisser la moyenne générale. Et donc on a de très fortes probabilités à se voir taxer, alors qu’on est en pénurie de recrutement.

C’est une logique très française. Vous cherchez désespérément du personnel, et vous finissez... taxé.
Il y a aussi une autre raison à ces difficultés : elle réside dans le discours public. A force de dévaloriser un secteur pourtant essentiel à l’économie, en lui imputant tous les maux de la terre, c’est sûr que cela n’est pas très porteur pour inciter qui que ce soit à le rejoindre.

Pour ceux qui ne veulent plus de camions sur les routes, c’est plus efficace que toute autre mesure : dissuader les personnes éventuellement intéressées à venir y travailler. Mais c’est toute l’économie française qui y perdra.

Florence Berthelot

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