Un très très gros ras-le-bol
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Il y a quelques semaines après un début d’année agité, lors d’une réunion d’équipe, je lançais un peu en riant : « Si ça continue je pars six mois à Tahiti et basta ». J’avais été amusée par le soudain empressement de certains collaborateurs (n’est-ce pas Jérôme ?) à vouloir m’accompagner illico. J’avais même rédigé un projet d’édito qui n’a jamais été publié... car l’actualité n’a cessé de nous rattraper. Après les blocages agricoles, les épisodes neigeux, les tempêtes de vent, les inondations, la faillite de Ziegler, on redoutait la pluie de sauterelles. On a eu la pluie de bombes, la fermeture du détroit d’Ormuz et la flambée des prix du carburant.
C’est un point d’orgue car cette même semaine, deux cadres dirigeants d’entreprises m’annoncent leur départ (après deux autres au mois de janvier), trois transporteurs différents, très déprimés, me confient vouloir vendre leur entreprise car ils sont à bout, sans compter un entrepreneur qui craque au téléphone en menaçant d’en finir. Difficile de garder ses nerfs devant l’expression d’une telle détresse. (Au passage, ce n’est pas pour rien que nous avons un partenariat avec Amarok qui vise à préserver la santé mentale des dirigeants).
Il y a comme un vent de départs, de changements et ça souffle de partout.
Cela commence à remonter à loin : on a eu les gilets jaunes, le covid, la guerre en Ukraine, l’inflation galopante, la crise économique. Depuis 2018, on a l’impression de vivre en crise permanente. Le tout dans un contexte anti-entreprises, pro-taxes, pro-toujours plus de normes. Aucune empathie des gouvernements successifs, aucune écoute.
À un moment, trop c’est trop. Nous sommes devenus des bombes à retardement.
En fait, cela fait penser à des médecins qui voudraient travailler sur la recherche fondamentale de remèdes pour éradiquer de graves maladies mais qui passent leur vie aux urgences à soigner des blessures de guerre. On a tellement de choses à faire et d’enjeux à traiter sur un temps long. Mais on est toujours rattrapé par la patrouille.
À la Fédé, on encaisse naturellement toute cette frustration. Notre proximité avec les entreprises fait qu’on essuie le mal-être et la colère des chefs d’entreprise, même s’ils savent très bien que l’on n’y est pour rien et que l’on fait le maximum voire plus pour trouver des solutions.
En cette énième période de crise, alors qu’une fois encore, toutes les équipes en région et au Siège sont mobilisées sans arrêt et sans répit, que l’on collecte les informations, que l’on enchaîne les réunions et les visioconférences pour demander des mesures d’urgence, des contrôles sur les prix à la cuve, des solutions rapides, que l’on répond tous à des demandes presse, à n’importe quelle heure en plus du reste, que l’on informe les adhérents quotidiennement mais aussi toutes les cellules de crise de la terre, il y en a encore (et on ne citera personne) qui vous disent « mais vous faites quoi ? ». Sous-entendu « vous ne faites rien » ou « vous ne faites pas ce qu’il faut ».
Parce que le dernier mail n’a pas été lu, ou en travers, parce que la pièce jointe n’a pas été ouverte ou que l’on n’a pas cliqué sur le lien. Ou parce que si l’on n’a pas obtenu telle mesure, c’est que l’on ne l’a pas demandée.
Tout le monde en a ras-le-bol ; ça peut se comprendre. Cependant, la lassitude finit par prendre aussi ceux (et celles) qui ont toujours eu les épaules pour tenir bon, en toutes circonstances.
Que l’on puisse s’asseoir sur des heures et des heures de travail et d’engagements de tous les élus et collaborateurs investis pour la Profession, parfois, ça a juste un peu de mal à passer.
Admettons. Les entreprises ont toujours raison (...).
N’empêche que Tahiti, ce n’est pas peut-être pas encore assez loin.
Florence Berthelot