T'as un plan ?

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Dans les multiples agacements du moment qui font monter le taux de cortisol au plafond, le premier est sans nul doute lié à l’impression que l’on revit une histoire sans fin.

Il y a exactement 6 ans, lorsque nous étions en guerre contre un virus et que nous avons tous été confinés, nous avons entamé avec l’Administration des Transports des audioconférences quotidiennes pour faire le point de la situation des entreprises de transport. La première chose que nous, FNTR, avons demandé était : « Quel est le contenu du plan de continuité des transports ? ». À savoir, quelles mesures étaient prévues en cas de crise pour que les transports, et notamment le transport routier de marchandises, continuent à fonctionner normalement.

En effet, devant les divers risques, les entreprises, elles, doivent pouvoir faire face en ayant adopté un plan de continuité d'activité (PCA). Comme nous aurions ensuite à l’exprimer devant une commission parlementaire sur la « résilience nationale » et dont le rapport, classé secret défense, n’a jamais été publié, il est légitime de se dire qu’un pays a forcément, dans un placard, un plan de continuité pour une activité absolument essentielle comme la nôtre.

Ben… non.

Bon OK… La question était un peu pernicieuse. Car s’il y avait un tel plan, la Fédération serait forcément au courant, car évidemment elle est partie prenante. N’empêche que le silence qui a fait écho à la question était assez glaçant.

Moralité, on a dû totalement improviser pour tout : faut-il une attestation ou deux (une pour que le conducteur vienne à l’entreprise, et une autre pour dire qu’il conduit son camion) ? Est-ce que l’on distingue produits essentiels de ceux non essentiels pour les livraisons ? Bref, nous avons apporté notre contribution à la longue liste de mesures bizarres, allant des plages « dynamiques » au café qu’il fallait prendre assis.

On pourrait se dire que 6 ans après, et 4 ans après le début de la guerre en Ukraine qui avait aussi fait flamber les cours du carburant, on aurait un peu avancé. Quelles mesures d’urgence pour que les entreprises soient ravitaillées à des prix accessibles ? Quelles mesures immédiates de soutien à la trésorerie met-on en place… et toutes ces sortes de choses ?

Que nenni ! D’autant que, par ce qui doit s’apparenter à un sortilège, les pouvoirs publics ont voulu croire le président américain (qui voit des négociateurs partout) qui disait qu’après un petit bombardement ou deux, tout ça serait fini.

Moralité, 4 semaines après le début de la crise, on en est toujours à se demander ce que l’on fait, ce que l’on devrait faire, et en plus, sans dépenser un sou parce que les caisses sont vides.

Dans un sursaut d’espoir, on aurait pu compter, comme l’évoquait l’IRU (Union Internationale des Transports routiers), sur une réponse de nature européenne, avec réunion exceptionnelle des ministres des Transports, et actions coordonnées dans tous les États membres.

Non plus. Chaque État fait ce qu’il veut : les Espagnols accordent des aides directes aux transporteurs, l’Italie fait une ristourne sur le prix des carburants, d’autres bloquent les prix ou font baisser la fiscalité. Il n’y a aucun plan global et général.

Nada.

Aux dernières nouvelles, la Commission travaillerait sur une toolbox, à savoir, en bon français, une boîte à outils, pour répondre à la situation. Le temps qu’elle se décide à jouer à « bricolo-bricolette », on a tous le temps de sombrer un peu plus dans la crise.

Il y a quelques semaines, on se demandait encore comment on agirait en cas de conflit en Europe, et comment on organiserait les acheminements vers un front qui serait à l’Est.

Pour l’instant, on est tous à l’Ouest. Il serait bon de sortir les boussoles.

Et à défaut de plans, il faudra juste souhaiter que l’on ait au moins des cartes. À jour.

Florence Berthelot

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