Psychédélique

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Psychédélique

Il se passe quelque chose de bizarre. Le moral des ménages n’a jamais été aussi bas. On peut le comprendre : inflation, perte de pouvoir d’achat, menace de récession. Pour autant, on a noté un pic de 1 200 km de bouchons au retour du week-end de l’Ascension. Avec un carburant qui conjointe ou dépasse les 2 euros le litre…

Le chômage n’a pas été aussi peu élevé depuis longtemps. Tous les secteurs ou presque se déclarent en tension de recrutement. On ne trouve plus personne même pour un travail saisonnier. Il n’y aurait donc plus de chercheurs d’emplois…

Cependant, au cours de conversations professionnelles ou privées, on entend des choses assez surréalistes. Sans doute l’effet de la crise sanitaire. Certains ont fait du pain et des gâteaux durant les confinements et se voient à l’avenir en boulanger ou pâtissier. D’autres vous assènent de grandes réflexions sur le sens de la vie (qui est nécessairement ailleurs), la nécessité de repenser son parcours, le besoin de quitter les villes, voire de se reconnecter avec la nature, de faire « un travail manuel ». Tous sont prêts ou quittent leur travail, un nouveau rêve chevillé au cœur.

On est à deux doigts de relancer l’élevage de chèvres dans le Larzac ou la fabrication de savons bio à l’immortelle dans la montagne corse.

Ceux-là ne sont pas, pour l’instant, à proprement parler des demandeurs d’emploi. On ne les trouve pas dans les statistiques.

Ce phénomène porte déjà un nom : la grande démission. Les employeurs s’arrachent les cheveux. Nombre de salariés ont jeté leur bonnet par-dessus les moulins. Le problème porte moins sur les rémunérations et les conditions de travail que sur le rapport au travail lui-même. Pour combler les départs, les recrutements sont lancés à tout va. Sans rencontrer forcément beaucoup de succès. Ou avec des exigences inattendues (« je ne veux pas prendre cette ligne de métro… »)

Manque de chance, on est en juin, et avec les vacances, toute démarche de recrutement risque d’être bloquée jusqu’à septembre.

Que verra-t-on alors ? Nul ne le sait. Mais les faits sont têtus. A un moment, il faudra bien payer les factures, remplir le frigo et nourrir la famille. Peut-être que cela va faire réfléchir les aspirants à « autre chose ».

Déjà, les premiers partis (dans leur région d’origine pour devenir menuisier ou décoratrice d’intérieur...) déchantent. Loin des villes, il faut une ou deux voitures et cela coûte en carburant. Et personne ne les attendait non plus dans des territoires où l’on recherche comme partout des candidats… pour des métiers en tension.

La situation fait un peu penser à un courant qui a traversé la société voilà cinquante ans. Après mai 68, le mouvement hippie a connu ces mêmes aspirations rurales, communautaires et utopistes.

La tendance était au psychédélique et au retour à la liberté retrouvée.

Cela a duré quelques années. Les champs et les enclos furent finalement désertés en quelques années et même si la société des loisirs poursuivit son ascension, ceux qu’on appelle aujourd’hui les « boomers » se sont coupés les cheveux et ont fini par faire carrière de manière parfois… la plus carriériste qui soit.

Peut-être qu’il s’agit d’un cycle, qu’il faut en passer par là et en tant qu’employeur, être très très patient. Sauf que la réalité économique et sociale, elles, n’attendront pas.

Florence Berthelot

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