« Pendant que les champs (gaziers) brûlent…»

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«…. J'attends que mes larmes viennent

Et quand la plaine ondule

Que jamais rien ne m'atteigne »

À deux doigts de ne rien écrire cette semaine. À un moment, on n’a plus du tout envie d’être « politiquement correcte ». Alors que les transporteurs subissent une flambée des prix du gazole en cuve, ne peuvent pas répercuter à temps sur les clients, ont leurs encours de cartes carburant au plafond, cartes sur le point d’être bloquées, et voient leur trésorerie exsangue, on a l’impression que tout le monde institutionnel s’en fiche. Et que je te parle des municipales, et qu’on nous raconte tous les jours que la guerre au Moyen-Orient ne va pas durer longtemps, et que les stocks stratégiques ont été débloqués, et qu’on va bloquer les prix à la pompe (sauf pour les professionnels). Et comment va-t-on appeler notre prochain porte-avions ?

L’Espagne, l’Italie et d’autres pays européens prennent déjà des mesures fortes. Nous, on attend. On va voir. On va regarder ce que l’on peut faire. On se réunit. On écoute mais on n’entend pas. On s’attend presque à ce que l’on nous dise « mais cette crise énergétique, est-ce que selon vous, elle est avec nous dans cette salle ? ». Genre « vous, les transporteurs, vous exagérez toujours », genre « vous criez avant d’avoir mal ». Pourtant, tout prouve depuis toutes les crises que l’on a raison, mais trop tôt, ce qui revient à avoir tort.

« Autour de nous

Le monde aurait pu s’écrouler »

Peut-être que certains décideurs se disent que ça va se tasser, ça va passer. Aucun problème qu’une absence de solutions ne saurait régler. Tout va rentrer dans l’ordre. Tout cela ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir. Ne nous affolons pas.

C’est une façon de faire de la politique.

Pourtant, les champs gaziers et les infrastructures pétrolières du Moyen-Orient s’embrasent, délibérément visés par tous les belligérants. Cela va laisser des traces durables. Et même si par hasard le détroit d’Ormuz était débloqué demain, il faudra des semaines avant un retour à la normale.

Les prix internationaux s’envolent laissant présager un choc énergétique violent. Il va falloir gérer cela dans la durée. Mais, chut, il ne faut pas en parler.

Continuons donc comme ça. Ne vous inquiétez pas : on n’ira pas bloquer les routes. On n’en a plus les moyens. Parce que les transporteurs ne pourront pas payer leurs commandes de gazole et de GNV, les camions resteront au garage. Plus de livraisons. Plus de déménagements. Plus d’ambulances non plus.

Si vous l’avez c’est qu’un camion l’a apporté. Si vous ne l’avez plus…

L’étape d’après ce sera la clé sous la porte.

La clé des champs qui brûlent.

« Dans l’herbe écrasée

À compter mes regrets

Allumette craquée et tout part en fumée »

Florence Berthelot

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