Le jardin et la bibliothèque
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Les conversations en famille ou entre amis à l’occasion des fêtes sont délicieuses quand on en respecte l’art : partir d’un sujet, dériver à un autre, puis un autre, se perdre en anecdotes, histoires et revenir par un tour de force d’humour au point de départ. Et pas un pugilat parce que l’on va parler de politique, se déchirer sur la mort de Bardot ou pire ne parler que de soi parce que l’on n’est pas ouvert au monde.
Bref comme dirait Pépin, dans ces jolies conversations, quelqu’un cite Cicéron, grand orateur romain. Ok ok. Dit comme ça, ça fait super intello, super prout-prout, super « Mais Catherine, vous êtes extraaaordinaire » (Sylvie Joly).
En fait, la citation est la suivante : « Si tu as un jardin et une bibliothèque, tu as tout ce qu’il te faut ».
Bon d’accord. La personne qui dit cela, en général, avait déjà un jardin, une bibliothèque et n’avait surtout aucun souci de fin de mois, et s’esbaudissait (j’adore ce mot) de tout évènement positif de la vie, car elle n’avait aucun problème de simple survie pour elle et sa famille.
Voilà, voilà… Le genre de phrase qui fait bien, très morale, dont on doit déduire qu’en cultivant ses légumes et fruits dans un jardin, on pourra se nourrir comme on nourrira sa pensée par les livres de sa bibliothèque.
« Catherine…! »
Alors déjà, parlons-en de la bibliothèque. Si c’est la même qui a fait l’objet d’un très ancien édito, à savoir la bibliothèque IKEA (modèle Billy), que l’on a monté dans le salon alors qu’elle devait aller dans le couloir et au montage ésotérique qui fait qu’à la fin, il reste une planche et trois écrous que l’on n’a pas su placer dans la construction du bouzin, merci beaucoup. Si un jour mon bonheur dépend de ça, je serai une mamie à chats qui sort exprès faire ses courses le samedi matin.
Ensuite, il y a ce que l’on met dedans. Dans la bibliothèque, pas dans la mamie.
Il parait qu’à l’occasion des fêtes, on a vendu 13,5 millions de livres en France. Le classement des meilleures ventes laisse cependant un peu songeur : en tête, le dernier Astérix, puis le livre d’un ancien Président écrit en cellule (mettez-moi en prison si cela permet d’être enfin éditée !) et toute la série des romans « La femme de ménage ».
Cela porte à la réflexion : à quoi servira le jardin si l’on n’a pas la main verte en attendant que poussent pour la dixième fois d’hypothétiques tomates en plein mois d’août, ou un noyau d’avocat germé qui ne donnera jamais de fruits ? Le tout en lisant Astérix ou encore mieux Tintin. On mourra de faim en lisant des bandes dessinées.
Cicéron est mort assassiné car il n’avait jamais fait les bons choix politiques. Alors les citations à la noix, merci beaucoup… (Non je ne suis pas du tout énervée !).
Ils sont fous ces Romains…
Maintenant si l’on veut revenir sur terre, on pourra citer Voltaire « Cela est bien mais il faut cultiver notre jardin ».
La phrase vient conclure un roman où Candide finit par trouver la paix après avoir traversé toutes sortes d’épreuves, allégorie qu’il faut travailler sur soi et ses qualités au lieu de se plaindre des malheurs du monde.
Tout cela pour, de manière certes très alambiquée, vous présenter tous nos vœux pour cette nouvelle année ; qu’elle vous apporte ce que vous souhaitez : un jardin fertile (avec des tomates), une bibliothèque dès lors qu’elle ne vous tombe pas sur la tête, amour, gloire et beauté, et prospérité.
Maintenant, les éleveurs et les cultivateurs n’ont pas l’intention de nous laisser tranquilles, en ce début d’année, parce qu’eux aussi, figurez-vous, voudraient que l’on les laisse cultiver leur propre jardin.
Et je ne vous parle même pas de la météo...
Florence Berthelot