Le bon soldat

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Le thème du « management » est intarissable. Il donne lieu à pléthore de publications, notamment sur le réseau dit professionnel LinkedTruc : articles plus ou moins (surtout moins) heureux, bienpensance, invention de l’eau chaude… Si l’on me parle encore une fois de bienveillance et de résilience, le revolver me saute dans la main et sans le cran de sûreté. 

C’est donc ce thème à haut risque qui a été développé lors de l’Assemblée Générale commune de la FNTR Aquitaine et de la FNTR Occitanie-Pyrénées. Bon ok, on était au Stade d’Agen et les travaux se sont ouverts sur une heureuse comparaison entre le management du rugby et le management d’entreprise. Merci à Mauricio Reggiardo et Sébastien Morizot pour leur regard de sportifs de haut niveau. On ne risque pas d’oublier comment il faut à la fois être sûr de soi et… humble. 

Mais le management, ce sont aussi les chefs d’entreprise et les managers intermédiaires qui en parlent le mieux. Plusieurs générations réunies ont croisé leur regard sur l’évolution des pratiques, les justes équilibres à trouver entre compréhension et nécessaire rigueur, autonomie et contrôle, l’indispensable mentorat, la confiance et le reporting, etc. 

Au milieu de ces témoignages, voilà qu’un de nos élus, de manière très posée, exprime (en substance) : « j’ai longtemps cru qu’il fallait que je sois le bon soldat. Premier arrivé, dernier parti, venant le samedi, toujours disponible. L’exemple. Jusqu’au jour où l’on se rend compte que l’on y sacrifie tout y compris le plus important, sa famille, sa vie personnelle ».  

Pourquoi ces mots ont résonné en plein cœur ? 

Evidemment, l’exemplarité est indiscutablement dans l’ADN du manager. On ne peut pas demander à ses équipes d’avoir la juste attitude si on ne l’a pas soi-même. Cependant, à un moment il faut parler de délégation et de savoir s’entourer. 

Mais la remarque est bien celle-ci : est-ce qu’un bon soldat fait un bon Général ? Ou plus exactement est-ce que quand on devient Général on doit garder ses réflexes de bon soldat ? 

La question est éminemment sensible : on ne peut pas devenir un Général si l’on n’a pas été d’abord un bon soldat. Mais d’un bon Général, on attend autre chose : la vision, la stratégie, la solidité et le fait de prendre des décisions, tout le temps, aussi difficiles soit-elle. Et au final, la solitude. 

Bref, n’attendez pas de nous, de faire un pas de côté pour commenter si un haut gradé doit dire ou pas que l’on doit accepter de perdre nos enfants. Ce n’est pas le sujet. Parfois, le moins, on en dit… 

Même si c’est totalement idiot de sacrifier tous ses soldats par orgueil. L’hécatombe de la première Guerre mondiale est en une illustration saisissante. 

Quoiqu’il en soit, et même s’il existe des tas de formations dédiées, il faut aimer le contact humain pour devenir manager. Et ne pas chercher à être systématiquement sympa. 

Il faut surtout avoir appris de la vie.  Et justement, pour le prouver tout en terminant sur une note plus légère, (parce que je connais des lecteurs assidus qui vont râler en me disant que je verse dans la déprime), terminons par cette remarque assez drôle lue sur X (Twitter). C’est en anglais et cela dit : « votre enfance n’a pas été complète si vous n’avez pas été poursuivi par un chien, ou une chèvre, ou pire encore… un poulet ». 

Moi c’était par un âne (qui m’a bouffé les doigts).  

Prédestination ? 

Florence Berthelot

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