La vérité est ailleurs...

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La vérité est ailleurs...

Il est des conversations où vous échangez des informations. Et d’autres où vous partagez des connaissances. C’est à l’occasion de l’une de ces dernières, alors que nous évoquions ce que l’on appelle les pseudo-experts, mon interlocuteur me signala qu’il existait des études en psychologie démontrant que moins on en connait sur un sujet, plus on a tendance à reprendre, de manière très affirmée, une opinion que l’on a entendue souvent. Je crois me rappeler qu’on parlait des chaines d’informations continues...

Vu que je ne connaissais pas cette théorie, je me suis bien gardée de dire quoi que ce soit... Tout en pensant à tous ceux (et celles) que je connaissais dans le domaine personnel et professionnel que je soupçonnais d’avoir ce travers.

La curiosité ayant été piquée, j’ai tenté de retrouver ces études. Et, au détour d’Internet, j’ai découvert un site listant tous les « biais cognitifs » qui peuvent nous donner une appréciation inexacte des situations ou de la réalité tout court. Un biais cognitif est une façon d’aller vers une décision par un raccourci vous évitant de creuser toutes les informations sur le sujet.

Le travers dont me parlait la personne évoquée plus haut se rapproche nettement de ce qu’on appelle « l’effet Dunning-Kruger ». Il doit s’agir du nom des découvreurs de la chose. C’est comme pour les maladies auxquelles on donne toujours le nom des médecins qui les ont trouvées, et pas des malades qui les ont eues...

Bref, cet effet est celui où des personnes les moins qualifiées dans un domaine ont tendance à surestimer leurs compétences dans celui-ci.

….

C’est bizarre comme milles exemples vous viennent alors à l’esprit. Et sur à peu près tous les sujets ! La crise sanitaire, la guerre en Ukraine, l’économie, la réforme des retraites, le transport routier de marchandises. Combien de débats, d’interviews avons-nous entendu où nous sommes souvenus de la citation du grand maître Audiard : « Ce n’est pas parce qu’on a rien à dire…. »

Mais la liste est longue et à sa lecture, on se dit que tant soit que les autres, ne sommes pas à l’abri de formuler des avis qui ne sont étayés par… rien de concret.

Prenez le « biais de croyance » : on exprime ce qu’on croit vrai, sans savoir si c’est vraiment vrai. L’effet de « vérité illusoire » : on prend pour exacte une affirmation répétée sans arrêt. Pas mal aussi « l’ignorance pluraliste » : on n’est absolument pas d’accord en privé avec une règle ou une norme, mais on s’y conforme en public parce qu’on pense que la majorité des gens y adhèrent.

Franchement, il y a de quoi écrire des éditos pour toute l’année entre « la croyance en un monde juste », le « biais rétrospectif », de « négativité » ou au contraire « d’optimisme ».

Cependant, il faut savoir balayer devant sa porte. Car ce que l’on voit chez les autres, il est assez probable que nous en soyons affectés aussi !

Ce qui voudrait dire que si, dans un échange, chacun a son (ou pire ses) biais, on pourra toujours chercher la vérité, elle, sera indéniablement… ailleurs.

On serait réduit à constater que quand on voit ce que l’on voit, et quand on entend ce qu’on entend, on a raison de penser ce que l’on pense.

Flûte ! ça, ça s’appelle un « biais de confirmation ».

Florence Berthelot

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