Fait chaud…

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Il fallait bien que cela arrive : après avoir débattu de tout, de n’importe quoi, partout, tout le temps, nous débattons désormais du droit de respirer un air un peu moins brûlant. La climatisation, paraît-il, serait le nouveau péché écologique. Appuyer sur le bouton « froid » reviendrait à assassiner la planète. Le raccourci est commode : il évite surtout de poser les vraies questions. Qui doit être protégé ? Où ? Comment ? Et avec quels moyens ?

Car notre pays cultive les grands principes à géométrie variable. On fait ses courses dans des grandes surfaces climatisées comme des chambres froides, on regarde un film dans une salle où l’on hésite entre pop-corn et plaid. Mais qu’un hôpital, une maison de retraite ou une salle de classe réclame un peu d’air vivable et surgissent aussitôt les gardiens du thermostat moral.

Le plus drôle c’est de voir surgir la suggestion de trucs à la noix comme barbouiller ses fenêtres de blanc de Meudon (carbonate de calcium pour les chimistes), faisant ressembler son logis aux vitrines de nombreux commerces fermés pour cause de faillite. Finalement, l’image n’est pas si absurde.

L’équation apparait simple : si l’on climatise, on réchauffe la rue (de vous à moi, je me moque totalement de chauffer la rue, et je l’assume !) si l’on ne climatise pas, on transforme logements, bureaux et classes en étuves citoyennes. Dans un cas, nous sommes coupables, dans l’autre, vertueux mais… cuits à point. Mention spéciale aux élèves qui passent le bac à 35 °C et aux soignants héroïques qui tiennent - on ne sait comment - dans des services surchauffés.

Pendant ce temps, dans ces pays que nous qualifions encore, avec un vieux réflexe de supériorité, de « pays en développement », la climatisation est entrée depuis longtemps dans la vie ordinaire. On y a compris qu’un enfant apprend moins bien quand il suffoque, qu’un malade récupère moins vite dans une chambre surchauffée et qu’un salarié ne devient pas plus productif parce qu’il colle à son fauteuil.

Personne ne plaide pour des climatiseurs partout, fenêtres ouvertes, réglés sur « fjord norvégien ». La climatisation doit être sobre, pilotée, efficace, associée à l’isolation, à la rénovation des bâtiments et à une énergie mieux maîtrisée. Mais en faire un tabou, c’est confondre (encore !) écologie et punition. C’est le même logiciel que l’on applique trop souvent au transport routier de marchandises : puisque le camion émet, il faudrait s’en excuser ; puisqu’il est indispensable, ben… on n’en parle pas. Et on ne parle même pas du fait que les camions sont… climatisés.

Là encore, le slogan tient lieu de politique publique. On rêve d’un monde où les marchandises se déplaceraient par la seule force de la bonne intention, en oubliant que le dernier kilomètre n’arrive pas en péniche devant la boulangerie et que le bloc opératoire ne se réapprovisionne pas par télépathie bas carbone. Oui, le transport routier doit décarboner. Il le fait déjà. Mais la transition ne se décrète pas contre les usages ; elle se construit avec eux.

La vraie ligne de partage n’est donc pas entre les « pour » et les « contre » la clim, pas plus qu’entre les « pour » et les « contre » le camion. Elle est entre ceux qui préfèrent les slogans et ceux qui regardent les usages. Oui, il faut réduire les émissions. Non, l’écologie ne doit pas être une posture. Respirer n’est pas un luxe. Travailler, apprendre, livrer, soigner et être soigné sans mourir de chaud non plus.

Et on vous le dit tout de suite, on ne badigeonnera pas nos vitres de camions avec du blanc de Meudon. À un moment, il fait chaud mais il faut arrêter les con**ries.

Florence Berthelot

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