Et l’orchestre continue de jouer…
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Il était extrêmement tentant d’intituler cet édito « Neuf semaines et demie » en faisant allusion à la durée de la crise actuelle. Sauf que ce titre a déjà été utilisé pour cet exercice, il y a quelques années d’une part, et que d’autre part, on est quand même bien loin de Mickey Rourke et de Kim Basinger, dansant sur du Joe Cocker en vidant un frigo. (Il fait soudainement très chaud à l’évocation de ce film, non ? Ou c’est moi…)
En termes de musique, on penserait plutôt à l’orchestre qui jouait sur le Titanic.
Il semble que ce ne soit pas du tout une légende : cet orchestre a bien continué de jouer pendant le naufrage. Une incertitude sur le morceau interprété mais pour le coup ç’aurait été « Plus près de toi mon Dieu »… Et non pas « My heart will go on ».
Cette image, je la dois à un fidèle lecteur de mes éditos (donc un homme au goût absolument exquis…) qui, dans son commentaire de ma dernière production, évoque cet orchestre dont les sons ont certainement couvert les cris des passagers.
De fait, quand le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné s’est exprimé pour évoquer des pénuries et grosses difficultés à venir, si la situation actuelle perdurait encore quelques semaines, il n’a pas réellement donné dans les violons. On peut imaginer que ce grand patron sait un tout petit peu de quoi il parle. Ses déclarations ont tonné comme les trompettes de Jéricho.
Panique à bord du côté du Gouvernement. Ce fut un concerto de démentis. On s’est voulu, jusqu’au Chef de l’État à jouer toute la gamme de « mais pas du tout ! c’est très largement exagéré ! » sur du piano, du clavecin, au violoncelle et aux cymbales.
Un économiste (Charles Sannat) disait récemment : « Le rôle de l’État n’est pas de dire la vérité. Il est de rassurer les populations ». Et on sait que si par malheur le consommateur entend « il n’y a pas de pénurie », il n’a pas l’oreille musicale. Il entend « pénurie » tout court et se précite pour... l’aggraver.
Ce n’est pas les gouvernants qui vont sonner la cloche du « sauve qui peut » (en italien ça se dit « Panica generale » ce qui vous en conviendrez est assez parlant).
Donc, puisque l’on n’a pas le droit de dire que nos dirigeants mentent, on peut quand même souligner leur admirable talent artistique consistant à jouer « en même temps » du pipeau et de la flûte, et d’ailleurs aussi bien de la flûte à bec que de la flûte traversière, et plus généralement tous les instruments à vent...
Mais aux Français en général, et aux transporteurs français en particulier, « on ne la leur fait pas ». Nous sommes toujours aux avant-postes (à la proue ?) pour voir venir les évènements. Et ce qui se profile n’est pas joli, joli. Les gilets de sauvetage (qui sont jaunes par ailleurs) ne suffiront pas à gérer ce qui vient.
Je ne sais pas si l’on va danser, mais c’est à peu près certain que l’on va chanter. Mais pour faire plaisir à tout le monde et n’affoler personne, on pourra se lancer dans quelques chansonnettes.
Dans le film de James Cameron, un des personnages lâche cette réplique terrible : « De la musique pour se noyer, c’est là que l’on voit que l’on est en première classe. »
En attendant que l’on coule, je vais voir ce qu’il reste au frigo. « You can leave your hat on…»
Florence Berthelot