En passant par la Lorraine…

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Au moment où ces lignes seront publiées, je serai à Metz, aux côtés des transporteurs mobilisés contre l’écotaxe Grand Est et le R-Pass. Avec mes (gros) sabots et une conviction intacte : il est temps de suspendre ces projets et d’arrêter de considérer le transport routier comme une inépuisable tirelire sur roues.

Car il faut bien appeler les choses par leur nom. Derrière les expressions rassurantes de « contribution », de « régulation » ou de « financement des infrastructures », il y a encore et toujours une taxe. Une taxe de plus, décidée sur un coin de territoire, qui viendra s’ajouter à toutes les autres et frapper des entreprises qui n’ont, elles, aucun moyen de contourner la réalité : les marchandises doivent circuler, les magasins doivent être livrés, les usines approvisionnées et les territoires desservis. Le tout alors qu’elles sont en grande fragilité du fait des niveaux record des prix des carburants.

Ce qui est local pour celui qui vote la taxe ne l’est pas pour celui qui la paie. Un camion ne disparaît pas à la frontière régionale. Il ne se transforme pas davantage en argent frais par la simple magie d’un boitier. Le coût finit quelque part : dans les comptes déjà serrés d’une entreprise, dans le prix des produits, dans la compétitivité d’un bassin économique et d’emplois. Faire semblant de l’ignorer ne rend pas la facture plus intelligente. Seulement peut-être un peu plus « politiquement correcte ».

Sur notre route, comme dans la chanson, nous rencontrerons peut-être trois capitaines. Le premier parlera d’entretien des routes. Le deuxième invoquera les finances régionales. Le troisième invoquera l’urgence écologique. À ces trois capitaines, nous répondrons qu’ils ne découvrent rien que nous ne sachions déjà. Les transporteurs n’ont attendu personne pour réduire leurs consommations, renouveler leurs véhicules, former leurs conducteurs et investir dans une transition dont on oublie trop souvent qu’elle coûte cher. Quant aux routes, on est bien obligés de les utiliser.

Nous leur dirons aussi que financer les infrastructures est une exigence légitime mais que choisir certains utilisateurs et pas d’autres, alors même que nos impôts étaient censés financer tout cela relève de la facilité comptable. Le camion est captif et commode à taxer. On peut l’accuser de tous les maux tout en comptant sur lui au petit matin pour remplir les rayons, acheminer les médicaments, approvisionner les chantiers et faire tourner l’économie. Au bout de nombreuses décennies, cette contradiction devient franchement lassante.

À Metz, mais aussi à Strasbourg, notre demande est claire : suspension de l’écotaxe Grand Est et du
R-Pass, évaluation sérieuse de leurs conséquences et véritable discussion avec ceux qui devront les supporter au lieu d’une concertation décorative organisée lorsque tout est déjà décidé. Ou d’une étude d’impact au « doigt mouillé » pour confirmer la conclusion choisie d’avance. Nous refusons ces dispositifs qui, sous des noms différents, poursuivent la même vieille lune : faire payer davantage ceux qui n’ont pas d’autre choix que de rouler.

Nous serons là pour rappeler qu’à force de charger la barque  ̶  ou plutôt le camion  ̶  on finit par casser le moteur.

Puisque nous serons en Lorraine, restons fidèles jusqu’au bout à la comptine. J’entends déjà les trois capitaines nous expliquer que nous exagérons, que nous résistons au progrès ou que nous sommes décidément bien difficiles.

Qu’ils soient prévenus : le premier qui m’appelle « vilaine » le fera à ses risques et périls…

Si par malheur, ces taxes étaient maintenues, nous poursuivrons le combat.

Mais si, au terme de cette journée messine, l’écotaxe Grand Est et le R-Pass pouvaient être enfin suspendus, alors oui, peut-être je me sentirai reine. Reine d’un jour, sans couronne et sans sabots, mais avec les transporteurs de Lorraine, d’Alsace, du Grand Est et de toute la France  ̶  ce qui, à mes yeux, vaut tous les royaumes du monde.

Florence Berthelot

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