Après la bataille

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Est-ce fini ? Les cours du carburant, après leur poussée de fièvre, vont-ils sagement rentrer dans le rang ? Les pourparlers engagés au Moyen-Orient suffiront-ils à solder l’addition ? Le détroit d’Ormuz est-il cette porte que l’on ouvre ou que l’on ferme au gré des tensions internationales ? En somme : la bataille est-elle vraiment derrière nous ?

Sur le terrain, le retour à la normale ressemble surtout à une déclaration politique. Les aides promises aux transporteurs n’ont commencé à être versées que la semaine dernière. Les trésoreries, elles, n’ont pas attendu. Elles ont encaissé (façon de parler) ̶ quand elles le pouvaient ̶ jour après jour, litre après litre, une flambée brutale du gazole, avec des marges déjà minces et des délais de paiement qui, eux, ne connaissent aucun raccourcissement.

Oui, le prix du carburant baisse. Non, cela ne répare pas les semaines de tension, les factures alourdies, les contrats déséquilibrés, les véhicules parfois immobilisés, ni l’angoisse très concrète de chefs d’entreprise qui savent qu’une crise peut laisser des traces bien après avoir disparu des journaux télévisés.

Le plus préoccupant, peut-être, est là : dans cette incroyable capacité collective à tourner la page avant même de l’avoir vraiment lue.

Une crise chasse l’autre, et chacune semble nous surprendre avec la fraîcheur candide de la première fois. Crise sanitaire, crise énergétique, crise géopolitique, crise sociale, crise climatique : le ministre des PME et du Commerce, Serge Papin, parle de « permacrise ». Le mot est juste. Encore faudrait-il en tirer les conséquences. À force de vivre dans l’exception permanente, il serait temps d’organiser l’exceptionnel. C’est précisément ce que demande la FNTR : un véritable plan de continuité du transport routier de marchandises, pensé avant la prochaine alerte, et non bricolé dans l’urgence, pendant que les réservoirs se vident et que les messageries explosent.

Le médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet, n’a même pas eu le temps d’entrer pleinement en scène sur les relations contractuelles que déjà certains voudraient ranger le dossier au rayon des (mauvais ?) souvenirs. Pourtant, tout est là : qui supporte le choc ? Qui applique réellement correctement l’indexation carburant ? Qui accepte que le transport routier, indispensable à l’économie, soit encore la variable d’ajustement silencieuse de toutes les crises ? La solidarité économique ne peut pas être un slogan à usage gouvernemental, servi tiède quand l’urgence est brûlante. Elle doit se traduire dans les contrats, dans les délais de paiement, dans les mécanismes d’indexation, dans la responsabilité des donneurs d’ordre.

La FNTR, elle, ne perd pas le nord. Pendant que certains commentent l’accalmie comme on applaudit la fin d’un orage depuis un salon bien climatisé, elle a déjà proposé un amendement pour renforcer l’indexation carburant dans le cadre de la discussion à l’Assemblée nationale. Parce qu’il ne suffit pas de constater que les crises se répètent : il faut cesser de les traiter comme des surprises.

Après la bataille, donc ? Pas vraiment. Disons plutôt : entre deux batailles. Et c’est précisément maintenant qu’il faut se préparer à la prochaine, avant que l’on nous explique, une fois de plus, que personne ne pouvait prévoir.

Florence Berthelot

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