Qui pilote ?

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Qui pilote ?

Quand on travaille à la FNTR, on est rapidement soumis à (au moins) deux déformations professionnelles. La première est que, quand on circule sur une route, on regarde tous les camions qui passent (adhérent/pas adhérent, français, polonais, espagnol ou autres). La seconde, c’est que dès que quelqu’un prononce le mot « camion », on prête tout de suite attention (moi ça me fait ça aussi avec les mots « café », « chocolat » et « diamant », mais c’est une autre histoire…).

Ainsi, lundi matin, lors de la réunion des collaborateurs, il a été souligné que le Premier Ministre en personne avait indiqué « Manier des idées sur un plateau, c’est bien, tenir le manche, conduire le camion du pays, c’est tout à fait différent ». Apparemment, c’était une polémique à propos d’un polémiste.

« Conduire le camion du pays ». On en tous tombés un peu raides. D’un côté, on peut se réjouir de cet hommage volontaire (ou non) au secteur du transport de marchandises. De l’autre, on peut aussi s’étonner de voir cet intérêt soudain. Rappelons que nous avions invité le Premier Ministre à la première Semaine Nationale du Transport Routier et que nous n’avions reçu la réponse du Cabinet que deux semaines après l’événement, déplorant son absence pour des raisons d’agenda. Il est vrai qu’on ne discute pas : un agenda de ministre on sait ce que c'est.

Les lecteurs habituels de ces éditos savent que nous sommes un peu taquins. Nous serions tout à fait ravis d’inviter un des plus hauts personnages de l’Etat dans une cabine de camions. Au volant, parce qu’il n’y a pas de « manche » à tenir.

Il devra néanmoins veiller, avant de démarrer, à plusieurs choses : avoir apposé d’immondes autocollants « angles morts » (qui ne servent à rien) sur les portières et à l’arrière du véhicule, disposer d’équipements hivernaux à compter du 1er novembre (équipements introuvables, pénuries de matières premières oblige), installer sa carte dans le chronotachygraphe, respecter les temps de conduite et de repos, être mal accueilli chez les clients (qui en plus demandent toujours plus sans vouloir payer le prix), tenir compte des ZFE et des interdictions de circulation et enfin, être la cible de déclarations d’hommes et de femmes politiques qui lui mettraient sur le dos la pollution, le réchauffement climatique et la congestion. Liste non exhaustive.

Et en plus, avec 67 millions de Français dedans (ce qui est normalement du transport de personnes), on sera bien au-delà de 44 tonnes. D’aucuns y trouveraient prétexte justement à encore plus taxer une activité essentielle et incontournable.

C’est sûr, il est plus difficile de conduire un camion, et gérer une entreprise de transport que de « manier des idées sur un plateau ». A la différence du ferroviaire, on n’est pas sur des rails.

Post réunion de service, un autre collaborateur, fan de foot, me signale que les commentateurs sportifs, au vu des performances décevantes des Bleus, ont enjoint tout le week-end et au moins deux cent fois à Didier Deschamps de « reprendre les clés du camion ».

C’est la fête au village… Au moins, dans la pénurie de recrutement que nous vivons, nous avons deux nouvelles recrues. Il faut juste leur faire passer le permis et la FIMO…

Florence Berthelot

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