Publication du rapport de la mission d’information « flash » sur la décarbonation des poids lourds
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Le rapport de la mission d’information « flash » consacrée à la décarbonation des poids lourds vient d’être publié. La FNTR salue la qualité du travail mené par ses corapporteurs, les députés Jean-Marie Fiévet et Gérard Leseul, ainsi que l’attention portée aux enjeux du transport routier de marchandises. Les auditions conduites ont permis de mettre en lumière la complexité de la transition énergétique du secteur et la nécessité d’un accompagnement renforcé des entreprises. Pour autant, la FNTR émet des réserves substantielles quant à l’orientation générale du rapport qui tend à réduire la décarbonation du transport routier à la seule électrification des flottes, au détriment d’une approche globale, pragmatique et réellement efficace. La transition énergétique du transport routier de marchandises ne peut, en effet, se résumer à l’électrification. Elle repose sur un mix énergétique diversifié, associant de manière complémentaire le B100, le HVO, le BioGNV, l’hydrogène et l’électrique.
Chacune de ces solutions répond à des usages distincts, à des contraintes opérationnelles spécifiques et à des réalités économiques très différentes selon les entreprises. Les opposer n’a aucun sens : elles constituent au contraire un ensemble cohérent permettant d’engager dès aujourd’hui une réduction effective des émissions. C’est pourquoi la FNTR regrette profondément que le rapport ne consacre quasiment aucune analyse à cet impératif de diversité énergétique, qui constitue pourtant un principe incontournable de la décarbonation du TRM.
À cet égard, la proposition visant à l’extinction progressive des dispositifs fiscaux qui soutiennent les carburants alternatifs constitue une ligne rouge pour la FNTR. Supprimer l’avantage fiscal du B100 ou mettre fin au suramortissement pour les motorisations alternatives autres que l’électrique reviendrait à affaiblir des solutions immédiatement mobilisables, accessibles aux PME et déjà largement déployées. Une telle mesure serait non seulement injustifiée, mais surtout contre productive. Ce qui freine aujourd’hui le développement de l’électrique n’est en aucun cas l’existence d’autres énergies alternatives : ce sont ses propres limites opérationnelles, qu’il s’agisse de l’autonomie, du poids des batteries, du coût d’acquisition, des contraintes assurantielles ou de l’absence d’infrastructures de recharge adaptées. S’attaquer aux autres énergies ne permettra donc pas d’accélérer l’électrification, cela ne fera qu’accroître l’attentisme des transporteurs et ralentir la transition dans son ensemble.
La FNTR s’opposera avec détermination à toute mesure qui viserait à opposer les solutions entre elles plutôt qu’à les articuler intelligemment. Elle souhaite également réagir à la proposition de modulation des péages. Si l’idée d’un signal prix positif en faveur des camions zéro émission est pertinente, la voie choisie n’est pas la bonne. La Fédération appelle à privilégier une approche cohérente et réellement incitative : la gratuité des péages pour les camions zéro émission, prévue par le droit européen, constitue un levier clair, lisible et efficace pour encourager les investissements bien que l’usage des autoroutes par des camions électriques demeure extrêmement marginal, ces véhicules étant aujourd’hui principalement déployés pour des missions de distribution urbaine ou périurbaine.
En revanche, la FNTR s’oppose fermement à toute augmentation des péages pour les camions thermiques. Dans un contexte économique déjà extrêmement dégradé, une telle hausse viendrait alourdir encore les charges des entreprises, sans bénéfice démontré en matière de transition énergétique. Rappelons que 97 % du parc poids lourds roule aujourd’hui au diesel : pénaliser massivement ces véhicules reviendrait à fragiliser encore davantage la compétitivité du pavillon français, sans accélérer la décarbonation. La transition doit être incitative, non punitive.
Au delà de ces points de vigilance, la FNTR regrette que le rapport se limite à la seule question des motorisations et passe totalement sous silence un autre pilier essentiel de la décarbonation : le verdissement du fret. La réduction des émissions ne dépend pas uniquement du type d’énergie utilisée : elle repose aussi sur une transformation profonde de l’organisation logistique. Cela implique une évolution de la demande de transport, un recours accru à la massification, une optimisation des chargements, une amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules, un report modal pertinent lorsque cela est possible, et une meilleure planification des flux. Les travaux menés dans le cadre de la feuille de route issue de l’article 301 de la loi Climat et résilience montrent d’ailleurs que, d’ici 2040, le potentiel de réduction des émissions lié au verdissement des flottes est comparable à celui lié au verdissement du fret. Omettre cet axe majeur revient à ne traiter qu’une partie du sujet et à priver le secteur d’un levier essentiel.
La FNTR continuera de défendre une transition énergétique ambitieuse mais réaliste, fondée sur un équilibre entre les différentes solutions, sur un accompagnement économique solide et sur une prise en compte rigoureuse des réalités opérationnelles des entreprises. Elle réaffirme son engagement à porter une vision pragmatique, soutenable et pleinement ancrée dans les besoins des transporteurs et la diversité des territoires, afin que la décarbonation du secteur soit non seulement possible, mais réussie. Elle restera mobilisée pour que les politiques publiques ne fragilisent pas davantage un secteur déjà éprouvé, et pour que la transition écologique soit une dynamique collective, construite avec les entreprises et non contre elles.