Mobilités réduites

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Mobilités réduites

En novembre 2019, j’avais écrit un édito qui s’appelait « Au prix du mètre carré ». J’y parlais de la saturation habituelle du métro parisien, dont des études savantes indiquaient qu’on y comptait en moyenne 4 personnes par mètre carré de rame. En soulignant que sur la ligne 13, ce devait être plus. Ce n’est pas pour rien que ses usagers la surnomment « la bétaillère ». Alors évidemment quand en perspective du déconfinement, on nous annonce que la distanciation sociale devra être respectée dans les transports publics parisiens à commencer par notre fameux métropolitain, on doute. Pas facile de trouver les chiffres habituels mais il semble que dans les rames les plus récentes on peut embarquer plus de 500 personnes, (dans le RER c’est entre 1 700 et 2 600 voyageurs selon le matériel roulant). Voilà, voilà. Exiger qu’il y ait un mètre de distance entre les utilisateurs du métro, avec une fréquence de passage à 70%, il va tout de même nous expliquer comment ce sera possible. Certes, on parle de « recommander » le télétravail, sauf qu’il y a tout de même un grand nombre de professions qui ne peuvent pas s’exercer à distance. Inévitablement, chacun redoute que pour éviter tout risque, un grand nombre d’usagers décident tout bonnement de recourir à la voiture. Et là, c’est la cata… La maire de Paris a déjà exprimé qu’elle ne le tolérerait pas et que des rues seront carrément fermées à la circulation. Ça promet. Ce qui ressort de tout cela, c’est qu’on peut dire aux gens qu’ils peuvent aller travailler sous conditions de sécurité sanitaire des transports, que les enfants peuvent sous conditions sanitaires aller à l’école, qu’on aura même le droit de se déplacer dans un rayon de 100 km (la vente de compas va exploser…), mais que si on pouvait ne pas prendre la voiture ce sera bien parce qu’on va changer de monde, réduire la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, et tous faire du vélo le masque sur le nez. On est à la limite d’une injonction contradictoire de plus. Car on oublie qu’on parle non pas de centaines ou de milliers de personnes qui doivent se déplacer mais de millions. Bien sûr on doit changer de monde et aller vers le verdissement général de nos comportements. N’oublions pas néanmoins qu’avec l’ensemble de ces objets qu’on utilise et qui doivent être à usage unique (masques, lingettes, gants etc..) on augmente aussi considérablement notre volume de déchets. Rien n’est simple, les équations sont compliquées dans les équilibres délicats que nous devons trouver entre sauver les êtres humains et sauver la planète. Il semble que réduire la mobilité soit annoncé comme le point commun entre les deux. La mobilité étant inhérente au fonctionnement de nos sociétés et profondément ancrée dans les désirs humains, comment tenir cette ligne dans la durée ? Pascal disait « Tout le malheur des hommes est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Peut-être que c’est vrai sur certains aspects. Mais ce serait aussi un grand malheur de n’avoir que cela comme perspective.

Florence Berthelot

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