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Or donc, en ce temps-là, une peste, venue dit-on du lointain Orient, s’abattit sur le Royaume. Les maisons de charité n’avaient pas assez de paillasses pour accueillir les malades. On mourrait dans les hospices. Le Conseil du Roy recommanda alors que chacun se cloître en sa maison. Les boutiquiers et les aubergistes furent barricadés. Même les églises fermèrent au grand désespoir du clergé. On ne pouvait sortir qu’en présentant un laisser-passer. La maréchaussée et les chevaliers de guet veillaient. Pourtant les voituriers continuèrent avec courage, et à vil prix, d’apporter les provisions pour que le peuple ne meure pas de faim. L’Histoire effaça ce souvenir et nul n’en eut pour eux une reconnaissance. Le temps des moissons approchant, de nouvelles ordonnances furent prises pour que les serfs retournent aux champs, sous la réserve de porter une étoffe sur le nez pour se protéger de la pestilence, et de se tenir chacun à plusieurs coudées de distance. On mit en quarantaine des milliers d’âmes suspectées de porter le mal.  Les rassemblements furent interdits. Las ! La maladie ne cessait pas. Les membres de la Faculté, les bourgmestres, les membres des Parlement débattaient sans cesse. Les motions succédaient aux motions, les édits aux édits. La population était perdue et sombrait dans la morosité. Les aubergistes, les hôteliers, les saisonniers mais aussi les jongleurs et troubadours, et tant d’autres, demeuraient désœuvrés. Beaucoup n’avaient plus le sou. Pour battre encore le fléau, le Roy et son Conseil édictèrent par arrêté des heures nocturnes durant lesquelles il ne fallait plus trainer les rues ou les routes. Pour les professions dont celle des voituriers qui ne connaissaient ni la nuit, ni le jour, on instaura des signaux de reconnaissance pour qu’ils puissent acheminer les marchandises nuitamment. Dans les villes et les cités, l’obscurité devint silencieuse. Seul le bruit des charrettes résonnait en dedans des murs. Mais le mal devait aussi atteindre la mémoire des hommes et quand tout fut fini, il fut décidé d’augmenter la taxe sur le fourrage des chevaux…
Toute ressemblance…..

Florence Berthelot

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