T'as ton certif' ?
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Depuis quelques jours, les Certificats d’économie d’énergie (CEE) sont au cœur d’une polémique politique. Cette polémique a été résumée dans le media Contexte, dans son édition du vendredi 28 novembre.
Tout part d’un article où le porte-parole de l’UFIPEM (UFIP énergies et mobilités) évoque une possible hausse des carburants au 1er janvier 2026 de 5 à 6 centimes.
En cause, le financement par les énergéticiens de ces fameux CEE. Rappelons que ce dispositif, totalement assuré par des acteurs privés, a été instauré par une loi en 2005 en vertu du principe pollueur-payeur. Les fournisseurs d’énergie doivent réaliser ou financer des mesures de réduction de la consommation d’énergie ou d’amélioration de l’efficacité énergétique.
L’avantage pour l’État, c’est que le dispositif ne lui coûte rien et qu’il permet de financer la transition énergétique sans que cela pèse sur le budget. Les obligations des distributeurs d’énergie s’alourdissant d’année en année, la répercussion pèse inexorablement sur le consommateur.
Et voilà comment en payant un peu plus cher le carburant à la pompe, on finance notamment une fiche CEE pour minorer le prix d’acquisition d’un véhicule lourd électrique.
Évidemment, certains trouvent cela hyper vertueux. Surfacturer l’énergie fossile pour financer une énergie propre peut apparaitre comme l’idée du siècle. Sauf si l’on considère que l’on fait peser sur ceux qui n’ont pas les moyens d’acquérir un véhicule propre une part du financement pour ceux qui peuvent se le permettre.
(J’entends déjà : ah la la, quel mauvais esprit !)
Bref, depuis tout le monde s’eng… s’enguirlande. La ministre de la Transition écologique s’en prend aux pétroliers qui devraient prendre sur leurs marges plutôt que d’augmenter les factures.
Un parti politique s’est emparé du sujet et parle de taxes sur l’énergie. Le ministre de l’Économie qualifie les membres de ce parti « d’idiots utiles des pétroliers » et de « fins électoralistes et populistes ».
Ambiance… (Au passage, ne pas s’étonner que la plupart de nos concitoyens éteignent télé et radio pour préserver leur santé mentale).
La ministre vante un système « extrêmement redistributif. ». Ben tiens…
On peut tout de même relever que l’année dernière, la Cour des comptes avait étrillé les CEE en soulignant que le coût était supporté par les ménages et les entreprises « s’apparentant sur le plan économique à une taxe sur l’énergie » (donc c’est bien la Cour des comptes qui l’a dit). Pire encore le volume de certificats délivrés ne correspond pas aux économies réelles, le tout étant surestimé sur 2022 et 2023 de 30%.
La Cour préconisait la transformation des CEE en fonds budgétaires et dans tous les cas préconisait la nécessité de réformes structurelles profondes, et de lutte contre la fraude. (cf : le communiqué de la cour des comptes du 17 septembre 2024)
Et c’est là que - toujours selon Contexte - surgit (« hors de la nuit, un cavalier au galop… » ah non pardon ! ), le Groupement des professionnels des certificats d’énergie qui vient apporter ses arguments.
On imagine qu’avec un nom pareil, ce Groupement ne va pas débiner les CEE. Alors ils ont fait des calculs. On ne parle pas ici des entreprises, et encore moins des entreprises de transport. On parle des ménages.
Là où la Cour des comptes avait estimé que le dispositif coûtait 165 euros par an et par ménage en 2023 et 181 euros en 2024, les CEE permettraient une économie d’énergie évaluée à 183 euros, en 2023 et 208 euros en 2024, avec des primes de 56 et 61 euros en moyenne.
Oui mais c’est une moyenne. Car de très nombreux ménages n’utilisent pas les aides et paient sans contrepartie alors que d’autres en profiteront très largement.
On lit et on relit les montants et sans doute de manière très béotienne en, on se dit que, en gros, on ferait tout aussi bien si chacun finançait sa propre transition énergétique.
Car payer d’un côté pour que cela nous revienne peut-être de l’autre, et de façon non homogène voire inégalitaire, c’est un dispositif qui n’est peut-être pas si efficace que ça, et en tous cas, qui semble très bureaucratique. Dans les entreprises, on appellerait ça un ROI (retour sur investissement), et il ne serait pas considéré comme très performant.
Mais bon, on ne doit pas être aussi brillants que les concepteurs du système. Prendre notre argent pour (soi-disant) nous le rendre après. C’est sûr, on y croit…
Ça se dit « usine à gaz à effet de serre » ?
Florence Berthelot