« Soviétisation de l’économie »

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Il y a un peu plus de vingt ans, la FNTR obtenait, de haute lutte, l’instauration par la loi de la fameuse « clause gazole » ou « pied de facture » permettant aux transporteurs routiers de sortir la volatilité des prix du carburant de la seule négociation commerciale. En appliquant un indice de référence à la part du carburant dans le prix de transport, les professionnels limitaient les conséquences néfastes des fortes variations de l’énergie en cours de réalisation des contrats de longue durée.

Plus récemment, ce mécanisme a été étendu aux autres énergies. Certes, il est perfectible et certaines entreprises ont pris du temps pour se l’approprier. Mais il a le mérite d’exister, le secteur du transport de marchandises étant le seul en France et en Europe à disposer d’un tel mécanisme.

Pourtant que n’avait-on pas entendu à l’époque ? Là où la doctrine de la FNTR était celle de la régulation économique, de l’accompagnement des entreprises, d’autres organisations professionnelles nous avaient tout bonnement taxés d’être les promoteurs de la « soviétisation de l’économie ».

Allusion au régime soviétique tombé dans les années 90 mais dont la planification à tous les niveaux de la production aboutissait à autant d’absurdités que d’inefficacité. L’exemple classique était celui de l’exigence de production annuelle de milliers de kilomètres de tissus ; pour tenir l’objectif, les usines textiles tissèrent des kilomètres de… rubans.

Par bonheur, la clause gazole est bien rentrée dans les mœurs de (presque) toutes les entreprises. On a tort d’avoir raison trop tôt.

C’est ce même souci de régulation économique, basée sur le fait que certains sujets ne peuvent être laissés aux seules négociations commerciales - car relevant d’objectifs de politiques publiques -, qui gouverne les positions de la Fédération sur la répercussion des taxes d’infrastructures ou encore la nécessité d’élaborer un mécanisme permettant de partager le coût de la transition énergétique avec les chargeurs.

Les débats sont aussi vifs qu’il y a 20 ans. Il y a d’un côté les tenants d’un total libéralisme pour lesquels c’est aux transporteurs d’absorber le coût des normes et des taxes, et de l’autre côté, ceux qui, forts de l’expérience, considèrent que la loi se doit d’accompagner le partage de ces coûts.

Évidemment les seconds sont considérés par les premiers comme des antilibéraux primaires. Débat éternel entre ceux pour lesquels le marché a toujours raison, et ceux qui pensent qu’il faut pouvoir éviter les dérives…

Là où l’on voit poindre une évolution sensible, c’est lorsque ce sont les politiques publiques qui elles-mêmes entendent intervenir directement sur les échanges commerciaux et dans la gestion des entreprises.

Pour preuve : l’initiative européenne sur le verdissement des flottes de véhicules qui doit être présentée avant la fin de l’année, et qui aurait, entre autres, pour objet d’imposer des quotas aux entreprises de transport et aux chargeurs de véhicules dits « zéro émission » sous peine d’amendes.

La France soutient cette initiative, ce qui est peu étonnant dans la mesure où un projet de loi ressort régulièrement avec le même objet d’abord pour les flottes de véhicules légers.

Disons-le tout net : ça , c’est de la vraie soviétisation. Faute de voir décoller les objectifs de ventes des véhicules propres, et bien obligeons les entreprises à les acheter ! Sinon elles seront punies.

La transition énergétique à la schlague…

C’est contre une telle velléité que l’IRU a lancé une pétition réunissant des milliers de signatures avec d’ailleurs une mobilisation notable des entreprises françaises.

La Profession sera-t-elle entendue ? Ce n’est pas certain.

Le signal donné par l’Union Européenne serait particulièrement désastreux si de tels quotas étaient imposés.

Car cela signifierait clairement que si les orientations politiques européennes ne devaient pas recevoir l’adhésion des citoyens ou des acteurs économiques, on s’en affranchirait en posant des obligations et des amendes.

Et sans doute que la tentation serait grande à un moment d’aller directement au plan B : obligations, injonctions et sanctions financières.

C’est l’image même de l’Union européenne qui en pâtirait. Et il n’est pas très audacieux d’affirmer qu’elle n’a pas besoin de ça en ce moment.

Florence Berthelot

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