Sauts quantiques

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« Le monde d’avant n’existe plus ». Cette phrase vient de Donald Trump. À l’heure où l’armée américaine peut aller chercher un Président sud-américain et le ramener devant un tribunal à New-York, au motif officiel qu’il favorise le narco-trafic et au motif officieux qu’il dirige un pays aux ressources pétrolières conséquentes, où des chasseurs alpins français débarquent au Groenland, on ne sait trop pourquoi sinon montrer les dents aux États-Unis (qui rigolent), et où l’on va (ou pas) s’attaquer à l’Iran, la phrase « le monde d’avant n’existe plus » résonne curieusement.

Déjà un hebdomadaire français avait titré pour son dernier numéro de l’année 2025 « Rendez-nous la France d’avant (enfin celle que l’on aimait) ». Spécial nostalgie dans un monde où les repères se sont perdus, on ne sait quand et on ne sait comment.

Toujours ce soupçon que c’était sans doute mieux, ou plus simple, ou plus lisible ou plus joyeux. Allez savoir.

En discutant avec une génération allant de 35 à 50 ans, on constate que de plus en plus se plaignent de passer un temps fou sur leur téléphone ou leur tablette à scroller comme des malades, pour pas grand chose, pour regarder des vidéos réalisées par IA, sur Insta ou Toktok. Ils ont la tête farcie de rien, n’ont pas plus d’informations que quiconque et perdent un temps précieux. Et, s’en rendant compte, désolés, essaient de pouvoir s’en passer en posant des questions qui, pour certains (dont moi), sont totalement absurdes. « Et comment je vais payer mes achats ? Et comment je fais pour le GPS ? Et comment je fais mes réservations ?».

Bénie soit l’époque où j’ai grandi où l’on s’ennuyait, on ne loupait pas un rendez-vous car on avait repéré le point de rencontre sur une carte, nos montres donnaient l’heure et les téléphones fixes (et les cabines téléphoniques) fonctionnaient très bien. On payait avec des pièces et des billets (et on en avait pour notre argent.) On disparaissait pendant des heures sans que personne ne s’inquiète, ne vous envoie des messages « T où ? » ou « Tu rentres bientôt ? ». On n’avait pas internet, pas d’ordinateur, pas de téléphone mobile, pas de chaînes d’informations continues, on lisait le journal. Surtout, surtout, on passait du temps avec ses amis, on se rencontrait pour de vrai et on riait. Beaucoup.

À regarder autour de soi, soit nous sommes dans une accélération des évènements telle qu’aucun répit ne nous est donné pour digérer cela, soit (autre explication), nous avons fait un saut quantique, changé de ligne temporelle, voire de plusieurs, sans nous en apercevoir. Le monde ressemble par beaucoup à celui que nous avions connu mais quelques détails nous font deviner que dans le multivers nous avons basculé d’une réalité à une autre.

Que le monde d’avant n’existe plus est un truisme. On peut y ajouter « nous avons grandi dans un monde qui n’existe plus ».

Peut-être que ce n’est pas grave. Qu’il y a un temps pour tout et qu’il nous faut nous adapter. Et franchement quel ennui si rien ne changeait jamais ! Voyons-y l’opportunité de faire les choses autrement, de renverser la table et enfin de se renouveler.

Forever young…

On reprochera à certains leurs outrances, leur façon de poser des initiatives presque absurdes sans se poser de question, leur côté politiquement incorrect. Seulement voilà, ce ne sont pas ceux qui ont fait comme tout le monde qui sont sortis du lot, qui ont bousculé les habitudes et qui ont avancé, poursuivis au mieux par ceux qui voulaient les combattre et au pire par ceux qui voulaient les imiter.

Comme dans le monde des entreprises où pour se distinguer il faut surprendre, innover et aller là où les concurrents sont frileux d’aller.

Car on peut râler, pester, gesticuler, si l’avant n’existe plus, faisons que l’après soit mémorable. Un feu d’artifices.

En conclusion, citons cette vidéo qui tourne sur les réseaux où deux femmes d’âges différents sont interrogées sur ce qu’elles préféreraient entre être enfermées 24h dans une grotte avec un ours ou être enfermées avec un homme. La plus jeune répond (sans hésiter) qu’elle préfère rester enfermée avec un ours parce qu’avec un homme… Ce dernier aurait certainement de mauvaises intentions.

C’est curieux. Je ne suis pas très fan des ours.

Ce doit être générationnel.

Florence Berthelot

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