Réunion de chantier

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C’est vrai que, dans mes éditos, j’ai un peu tendance à raconter ma life. Mais pas tout ! (Surtout pas…). Et que voulez-vous, j’y trouve toujours - même malgré moi - une inspiration. 


Aujourd’hui, il faut juste que j’explique que j’ai des « phases ». Peut-être comme tout le monde ? Ou pas. Bref. 


Alternativement ce peut être, par exemple (car il y en a plein d’autres), la phase « couture » ou encore la phase « peinture d’art » durant lesquelles je deviens la championne de la spécialité (tenez-vous bien Sonya Rykiel et Marc Chagall !),  je dévalise les magasins idoines. 


Là, je vais parler de la phase « bricolage ». Un tour chez (ah oui pas de marque) « La Reine Merline » ou « Oursorama », et ça y est, je vais transformer mon habitat…J’ai acheté plein d’outils, plein de produits, des pinceaux, des vis, du mastic, de l’enduit et tout et tout. C’est comme ça, que du Dremel à la ponceuse, de la perceuse à la scie sabre, les placards sont pleins.

Et voilà qu’après quelques heures de travail acharné, je m’enorgueillis de clamer toute fiérote « c’est moi qui l’ai fait ! ».

Jusqu’à ce que mon entrepreneur en bâtiment, prénommé Stevan, débarque chez moi pour y faire des travaux dans les règles de l’art. C’est un professionnel précieux qui s’attend généralement que je l’appelle en catastrophe, soit le 14 juillet, soit le 1er janvier, soit tout autre jour férié ou dimanche parce que le ballon d’eau chaude fuit ou parce que la serrure de ma porte est bloquée (comme les rages de dents, cela n’arrive jamais un jour de semaine, aux heures ouvrables).

Là, il refait la peinture de la cuisine ruinée par un dégât des eaux il y a quelques mois. Il me connaît (ainsi que mes lubies) depuis longtemps.

Voyant mes derniers ouvrages, il me pose deux trois questions du style « Tu as poncé avant ? » ou « Tu as préparé ton mur ? » auxquelles, candide, je réponds : « Euh… non… C’est obligé ? ». 

Il soupire du haut de ses 1,90m, et me lâche d’un air navré : « Finalement, tu es comme tous ces politiques que tu fréquentes à longueur de temps ».

Ce propos introductif ne me dit rien qui vaille. Déjà, je ne  « fréquente » pas des « politiques » toute la journée. D’un air pincé, je rétorque « ce qui veut dire ? »

« Eh bien, tu n’as aucune idée de ce que tu fais. C’est réalisé en dépit du bon sens. C’est parfaitement n’importe quoi. Et au final, tu es toujours très contente de toi et tu le dis partout. »

Heureusement que c’est un pote… (qu’est-ce que ce serait sinon !). On parle bien seulement du bricolage, n’est-ce pas ?

Je me défends en disant que c’est parfaitement faux. Tous les politiques que je connais ne sont pas comme ça. Il y a des gens très bien, très investis. Et compétents (si, si !)

Stevan répond sobrement « Si tu le dis… ». Et de me faire remarquer que tel crochet est fixé à l’envers, ou que j’ai simplement oublié de vernir le parquet après l’avoir reteint… Quant à ma foucade de vouloir à tout prix transformer les palettes en meubles, apparemment autant oublier. (Sauf que la gestion des palettes, c’est un vrai problème dans le transport, non ? C’est pour aider un peu…)

Ce qui est frappant, outre la coloration « rhabillage pour l’hiver prochain et même les suivants », c’est qu’à travers ce genre d’anecdote, on perçoit à quel point l’action et la parole politiques sont totalement décrédibilisées.

C’est grave.

La politique au sens littéral du terme est une chose noble. Le travail des fédérations en termes d’influence l’est tout autant. Ce n’est pas du bricolage. Alors quand on nous dit : « vous faites de la politique », je réponds « heureusement ». C’est de la politique professionnelle, dans l’intérêt de nos entreprises, de nos métiers et de ceux qui les font. Nous serions gravement en tort de ne pas agir en ce sens.

Mais le fossé qui se creuse entre les « politiques », les gouvernants, les élus et toute une partie de la population est inquiétant. A un an des élections présidentielles, cela interroge.

Cela dit quand je vois la plupart des candidats annoncés, pressentis ou envisagés, je crois que je penserai longtemps à ceux « qui font n’importe quoi, qui sont très contents d’eux et qui le disent partout… ».
 

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