Ni Mélusine, ni Clochette

-

Un des points les plus éprouvants en période de crise, c’est le fait que tout le monde vous tombe dessus parce que chacun est mécontent alors que l’on se démène comme des grenouilles dans un pot de crème pour tenter d’avancer et de trouver des solutions.

Pourquoi n’a-t-on pas obtenu telle ou telle mesure ? L’a-t-on vraiment demandée ? Et qui a eu l’idée de ces prêts à taux trop élevés ? Pourquoi on ne baisse pas les taxes ? Et qui a rédigé ce décret surréaliste sur les aides directes ? Et d’ailleurs, quand est-ce que se termine le conflit au Moyen-Orient ? Et pour Ziegler, vous faites quoi pour les sous-traitants ? Et cette action collective contre l’augmentation des péages, pourquoi n’en faites-vous pas la promotion ?

D’engueulade en engueulade, on s’interroge sur le pouvoir que les autres pensent que vous avez. Or, au risque de décevoir, je ne suis ̶ et aucun d’entre nous n’est ̶ ni la fée Mélusine, ni la fée Clochette. Comme dit une avocate bien connue dans le transport (n’est-ce pas Marjorie ?), « je ne suis pas une magicienne » (ce qui ferait plutôt référence à la fée Morgane dans la légende arthurienne).

Si j’avais, si nous avions des pouvoirs magiques, le conflit au Moyen-Orient s’arrêterait immédiatement, le prix du carburant s’effondrerait, les clients paieraient toujours le juste prix du transport, à réception de facture et on aurait tous des véhicules propres et des marges multipliées par 10.

Sauf que dans les circonstances, nous avons, outre-Atlantique, un être orange qui est parfaitement imprévisible, et chez nous, un État qui n’a plus un rond, qui veut maintenir « quoi qu’il en coûte » son déficit dans des normes européennes (pendant que les autres pays européens manifestement ont plus de marge de manœuvre ou s’en donnent plus… allez savoir), qui n’a aucune idée de ce qu’il faut faire et qui lance un grand plan d’électrification en confondant « la fin du monde » avec « la fin du mois » (référence aux Gilets Jaunes).

La fin du mois, c’est ce que les transporteurs espèrent voir dans l’attente du paiement des factures de mars, quand leurs clients, malgré leur insistance, refusent obstinément un acompte sur paiement, des facturations intermédiaires ou tout autre geste permettant de soulager une trésorerie quasi exsangue. S’agissant de relations contractuelles, l’État n’y peut pas grand-chose. Il ne peut pas faire de loi, ni intervenir.

Il ne peut, comme l’indique d’ailleurs le médiateur interentreprises, que souligner les bonnes pratiques et sanctionner les mauvaises.

Encore que… Il y a ̶ semble-t-il ̶ des priorités dans la vie. On reste perplexe quand on apprend que la DGCCRF va ouvrir sur le champ des investigations sur l’envolée des prix des billets des concerts de Céline Dion…

Alors que dès que l’on veut dénoncer l’envolée du prix du gazole en cuve, et le fait qu’il reste beaucoup plus cher qu’à la pompe, ou encore des pratiques dévoyées en matière d’indexation des contrats de transport ou autres pratiques illégales, on nous demanderait presque un formulaire CERFA et un dossier avec des preuves écrites, certifiées conformes à l’original.

C’est confondant.

Il suffirait juste d’aligner publiquement soit un fournisseur de carburant qui livre sans prix et quand il veut, soit un de ces donneurs d’ordre qui ordonne à ses transporteurs de ne pas facturer l’indexation, sans laisser de preuve écrite (trop malin…), voire qui pratique des indexations toujours négatives, ou applique des « tunnels » (pas d’indexation si la variation est supérieure à 5%). Histoire de donner l’exemple.

Le prix du concert de Céline, c’est plus important. Tout le reste peut attendre.

Tout cela pour dire qu’il n’y a absolument rien de féérique. Ce qui en soi est bien dommage et laisserait des sentiments mitigés.

Mais pour terminer sur une note (qui se voudrait poétique), citons James Barrie, l’auteur de Peter Pan qui écrivait à propos de la fée Clochette : « Comme toutes les fées, elle est parfois gentille, parfois méchante, et elle est tellement petite qu’elle n’a de place que pour un seul sentiment à la fois. »

Florence Berthelot

Haut de page