Mal aimés (comptes de Noël)

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À l’approche des fêtes, on se dit que le monde devrait ressembler à un film américain avec ses décors, ses lumières, ses chants d’hiver, la neige et les bons sentiments (« Maman j’ai raté l’avion »).

Ou peut-être encore à la pub d’Intermarché, film animé sans recours à l’IA, création française qui fait le tour du monde, où un loup solitaire apprend à devenir végétarien pour partager le dîner de Noël avec les autres animaux de la forêt. Le tout avec en fond la chanson de Claude François, « Le mal aimé ». C’est tout choupinou.

Alors disons-le tout net, ce n’est jamais le cas. Mais absolument jamais. À chaque Noël, dans le transport, son lot de surprises qui ne sont pas des cadeaux. Le point d’orgue ayant été atteint durant la crise sanitaire où on nous annonça 6 heures à l’avance la fermeture de la frontière avec le Royaume-Uni et où des centaines de conducteurs français se sont trouvés bloqués, au moment des fêtes, sur un aéroport abandonné en attendant de passer des tests de dépistage.

(Note pour moi-même : si un jour j’écris mes mémoires, on ne me croira pas. Ne perds pas ton temps.)

Là, ce sont les blocages initiés par les agriculteurs qui viennent sérieusement impacter l’activité. D’abord dans le Sud-Ouest, puis un peu partout, le désespoir des éleveurs confrontés à l’abattage de leurs bêtes (pour une seule malade) touche le cœur de chacun d’entre nous. Les images sont terribles et on ne peut qu’exprimer notre solidarité face à la sévérité des politiques publiques. Les agriculteurs sont bien aimés.

Il n’en demeure pas moins que les transporteurs, une fois de plus, se trouvent impliqués dans un mouvement de contestation alors qu’ils n’y sont strictement pour rien. Pire, les conducteurs sont bloqués des heures, les entreprises n’arrivent plus à livrer, les clients râlent et appliquent des pénalités de retard. Les comptes n’étaient déjà pas bons. Les comptes de Noël sont catastrophiques.

Comme pour toutes les crises, on gère. Les pouvoirs publics gèrent, les organisations professionnelles gèrent. On fait des visioconférences, on relate, on demande, on suppute. Mais rassurons-nous.

Comme d’habitude, comme à chaque fois, il ne manquera de rien pour les fêtes. Si vous l’avez c’est qu’un camion l’a apporté. Même si c’est dans la douleur, même si c’est à perte, même si le conducteur lui-même, les exploitants et tous les salariés de l’entreprise auront à peine le temps de partager le moment en famille.

Et au risque d’être politiquement très incorrecte (mais quelle surprise !), les entreprises travaillant pour la grande distribution et notamment pour les grandes enseignes qui font des publicités sympathiques sont souvent les plus mal loties.

On se comprend…

C’est loin de la pub où, de vous à moi, trouver des légumes en plein hiver est en soi une légende. Tout le repas, les cadeaux et tout le toutim, ce n’est là que parce que le transport routier de marchandises a joué son rôle. Nos transporteurs sont les mal aimés. (Ce n’est pas si vrai au regard des sondages d’opinion mais aux yeux des politiques, ils n’ont pas la cote).

Mais nous n’allons pas gâcher notre plaisir et opposer les bien aimés aux mal aimés. Gardons la magie de Noël et une certaine innocence. Il n’en demeure pas moins que pour une certaine génération (dont la mienne), le loup est à l’instar du renard, un monstre de ruse. Nous n’avons jamais oublié le conte du Petit Chaperon rouge : « Ô mère-grand comme vous avez de grandes dents… ». Et couic ! Plus de petit chaperon rouge ; joyeux Réveillon… La peur du grand méchant loup ne vient pas de nulle part.

La morale de l’histoire c’est qu’on n’accorde pas sa confiance comme ça. C’est peut-être pour ça qu’on est mal aimés.

Mais ce n’est pas pour autant que l’on va devenir végétarien…

Bonnes fêtes à tous ! Et à l’année prochaine pour de nouvelles aventures.

Florence Berthelot

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