Le point dans la figure
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Au tout début de la dernière crise au Moyen-Orient, à savoir depuis le 28 février, le cabinet du ministre de l’Économie convoquait une réunion avec les principaux secteurs affectés, trois fois par semaine.
Toutes les problématiques y étaient évoquées : des bateaux bloqués avec leurs équipages dans le détroit d’Ormuz, aux tensions d’approvisionnement dans le domaine de la chimie, de l’inflation insensément rapide du prix du gazole en cuve, de la distorsion des prix avec le carburant vendu dans les stations-services, des tensions immédiates de trésorerie chez les transporteurs, de la nécessité de trouver des solutions d’urgence pour passer le cap en attendant le règlement des factures de mars (début mai au mieux), des problématiques d’indexation, du chômage partiel etc, etc. La liste est infinie.
Disons-le tout net : pendant deux semaines et demie, nous avons été « gérés ». Avec le recul, il était évident que « quelque part » les pouvoirs publics français croyaient, comme le claironnait le Président américain, que tout cela n’allait pas durer très longtemps. Les chiens aboient, la caravane passe.
Le bombardement des champs gaziers de South Pars, à la mi-mars, allait changer la donne. Tout cela allait durer et il faudrait bien faire quelque chose et en premier lieu de la communication. Donc, commence un feuilleton autour de « on va donner 20 centimes par litre mais aux transporteurs qui en ont le plus besoin » (or, il n’y a jamais eu de baisse du prix du carburant) ; élaboration poussive d’un décret sur des aides forfaitaires avec des conditions auxquelles il ne manque plus que l’âge du capitaine et le nombre de ses enfants, ouverture de la plateforme seulement le 12 mai, sans que l’on connaisse précisément le modus operandi, et peut-être versement des aides à compter de fin mai-début juin.
Les visios avec le cabinet du ministre de l’Économie ont été réduites à deux puis une seule par semaine. Tout cela semble inversement proportionnel à l’aggravation de la situation.
La présidente de la FNTR, Florence Dupasquier, assure la présence de la Fédération à ces réunions et porte tous les problèmes rencontrés par les transporteurs : prêts boost carburant hors de prix, puis majoritairement refusés parce que soit on est trop endetté, soit pas assez (!), dossiers de chômage partiel rejetés parce que la crise n’est pas un motif d’acceptation de l’activité partielle (ah bon ?), majorations URSAFF systématiques (5% quand même…) dès que l’on demande le report du paiement des charges sociales, et en plus dès qu’on le fait, impossible d’obtenir son « attestation de vigilance », obligatoire pour travailler en sous-traitance. Et cela va sans dire, nécessité absolue de sécuriser l’indexation gazole.
À chaque fois, les interlocuteurs gouvernementaux répondent : « on prend le point ». Les prêts boost, « On prend le point ». Le chômage partiel, « on prend le point ». N’importe quel problème avéré, « on prend le point ».
C’est devenu un gimmick entre nous, la présidente et la DG de la FNTR: « Le rendez-vous avec X ? », « La réunion avec telle administration ? », « On va déjeuner ? ».
On prend le point.
Le problème, c’est que l’on ne sait pas du tout ce que deviennent tous ces points. Ils sont certainement « quelque part », dans un sac ou une musette à points, où ils s’entassent, et finissent par sombrer dans l’oubli. Car s’ils sont pris, ils ne sont jamais réglés.
C’en est quasi insultant à la fin. On prendrait presque le point dans la figure.
La crise va croissant. On voit arriver un mur insurmontable et, face à cela, un Gouvernement parfaitement démuni (au sens littéral et figuré). Selon Les Échos, la France est dans les dernières places du classement des pays qui ont mis en place des mesures de soutien.
Car à force de prendre les points, voire de les compter, les réponses sont… en pointillé… (trois points de suspension).
Florence Berthelot