La malédiction de Cassandre

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Dans la mythologie grecque, les dieux étaient quand même de sacrés cocos. Ça draguait tout ce que ça pouvait et pour peu qu’une femme refuse de céder à leurs avances, elle était transformée soit en oie (Némésis), soit en vache (Io), soit en végétal ou n’importe quoi d’autre. Mauvais joueurs.

Mais parfois la punition était d’une autre nature. Apollon s'éprit follement de Cassandre. Pour la séduire, il lui conféra le don de divination. Comme elle l’a envoyé voir ailleurs (chez les Grecs sans doute, parce qu’elle était Troyenne), il lui cracha dans la bouche, ce qui la condamna à ne jamais être ni crue ni entendue. Cela la condamna en outre à ne jamais se marier (bon, ça c’est pas très grave). Néanmoins, tous ses promis et amants moururent tragiquement et elle-même fut assassinée par une épouse jalouse. Une tragédie à l’ancienne.

Cette malédiction aboutit à ce qu’alors que Cassandre avait prédit toute la Guerre de Troie (qui a bien eu lieu) du début à la fin, en passant par tous les épisodes célèbres de l’enlèvement d’Hélène au célèbre cheval, personne ne la croyait jamais.

Là en général, le lecteur se demande où je veux en venir…

Eh bien au fait qu’à la sixième semaine de crise due aux évènements du Moyen-Orient, tout se passe exactement comme on l’avait prédit et la suite est encore plus difficile à entendre. Sauf que tout le monde s’en moque ou fait semblant de ne pas y prêter plus d’attention que cela.

Devant le médiateur interentreprises, à la question « Si la situation doit perdurer… » et que j’ajoute « quinze jours ? » là où l’intervenant parlait à plus long terme, la réponse fut « non pas quinze jours mais un mois, oui ».

Non, non, non les gens. 15 jours. Si cette situation devait durer quinze jours de plus, on rentrerait en zone rouge et dans un contexte que bien peu arrivent à imaginer. Un gazole à plus de 3 euros le litre, des tensions d’approvisionnements critiques dans le domaine de la chimie, de la plasturgie et de la métallurgie. Des faillites en cascade dans le monde du transport routier et ailleurs.

Et comme d’hab, avec la malédiction qui est la mienne, j’ai encore entendu « mais tu nous ennuies à la fin avec ton esprit négatif ! » (sic) ou encore « À quoi ça sert de faire peur à tout le monde ? ! »

Il ne s’agit pas de faire peur ou d’avoir prétendument un esprit négatif. Il s’agit d’anticiper, de se préparer, de bâtir ce fameux plan dont je serine la terre entière. C’est surtout une manière d’analyser les informations et les signaux faibles et parmi ceux-là… l’attitude des assureurs.

On en pense ce que l’on veut mais le monde des assurances dispose des outils les plus performants en termes de prévision et d’analyse. Si l’on veut voir la vraie grande prêtresse, il faut juste regarder du côté des grands assureurs mondiaux (Munich Re, Swiss Re… la Lloyds n’est qu’au 7ème rang).

Peut-être que certains ont allumé des cierges à d’autres dieux ou même à Artémis (la grande chasseresse) qui regarde la Lune.

S’il n’y avait eu qu’un vœu à faire : « Faites que cette fois-ci, je me trompe complètement ». C’est presque une conjuration : redouter le pire pour que le meilleur arrive.

Et voilà que l’on nous annonce 15 jours…. de cessez-le-feu. Trêve fragile, mais trêve quand même.

Il n’en demeure pas moins que le séisme de ces dernières semaines aura des répliques dans l’économie planétaire pendant de nombreux mois. Qu’il ne faudra pas oublier, le calme revenu, de disposer d’un plan d’urgence si cette crise ou une autre se profile à nouveau.

Entretemps, trouvez-moi Apollon, j’ai un truc à lui dire. (Il doit bien y avoir un moyen de négocier là aussi)

Florence Berthelot

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