La France a d’incroyables talents
-
Il faut croire que trop d’exposition médiatique fait perdre la tête. Chaque jour, nous sommes submergés de déclarations de tas de gens (comédiens, influenceurs, pseudo-célébrités) à qui l’on demande leur avis sur tout ou rien. Y compris sur des sujets qui ne sont pas de leur partie. Incroyablement, ils ont non seulement un avis mais une opinion très affirmée. Cela a un nom scientifique : ultracrépidarianisme.
Malheureusement, autant ce travers se retrouve fréquemment chez des MachinTubeurs ou des TokTokistes, autant on se désole de voir des hommes et femmes politiques y succomber. Le dernier exemple en date est incontestablement Ségolène Royal.
Alors disons-le tout net, dans le transport routier de marchandises, nous aurons toujours une indulgence pour l’ancienne ministre de l’Ecologie qui a envoyé paître la taxe nationale poids lourds en 2015. Et oui, nous savons que cela a coûté une fortune mais pas autant qu’aux entreprises de transport elles-mêmes. (On vous fait la démonstration quand vous voulez…)
Voilà que madame Royal dans un média internet s’est livrée dans des considérations sur les jeunes délinquants et sur la façon de les mener vers l’emploi. Ainsi les auteurs de rodéos urbains sont juste passionnés de mécanique. Ils pourraient être garagistes. Ou mieux encore : cascadeurs. Alors ouvrons une école de cascadeurs en France car on en manque. C’est sûr que cascadeur, c’est un métier en tension. N’avons-nous pas remarqué que pour combler notre retard technologique, ou en matière d’intelligence artificielle ou de nouvelles énergies, on va former des cascadeurs ? Honnêtement, il fallait y penser.
Idem pour les dealers de drogue. Comme au final, ils font ça parce qu’ils n’ont pas de métier (et pas du tout parce que cela rapporte rapidement des milliers d’euros par rapport à un emploi payé au SMIC), autant les former à... l’isolation des fenêtres. Ben tiens.
Non vraiment, cela manque d’ambition ! Vu l’expérience, on pourrait les orienter vers la pose de moquette (à fumer) ou mieux, laborantins ou chimistes. C’est fou comme ça donne envie.
A priori, nous avons eu droit à notre part puisque nos conducteurs routiers pourraient être aussi garagistes (apparemment, il y a une obsession marquée pour les garagistes. Ah l’odeur d’huile de vidange de bon matin...).
Alors notre réponse est… non. Voyez-vous, on a déjà assez mal à recruter pour ne pas voir partir nos personnels dans d’autres métiers. Certes, à cause de la crise, la tension sur les métiers est bien moindre qu’avant, mais quand même. Formez donc vos auteurs de rodéos urbains mais laissez nos conducteurs tranquilles.
Maintenant, nous pourrons toujours nous servir de ces idées géniales pour déceler nos futurs collaborateurs : si l’enfant joue avec des camions, il sera conducteur, s’il a des TOC de rangement, il sera cariste et s’il résiste à toute sorte de pressions, il sera exploitant. N’étant pas fan de l’écriture inclusive, ça marche aussi pour les filles.
Finalement, c’est si simple.
1,4 million de jeunes dans notre pays n’ont ni formation, ni diplôme, ni travail. Mais c’est sans doute parce que l’on manque d’imagination. Et pas du tout parce que l’on ne sait pas ouvrir des perspectives ou créer des emplois, connus ou nouveaux.
Tout ce que l’on nous propose, ce sont des cascadeurs et des garagistes. On s’interrogera sur les prédispositions qui mènent à être homme ou femme politique.
Nous n’en donnerons aucun indice ici, au risque d’être blessant.
Soyons modestes : si vous avez une personnalité assez foutraque, éclectique, avec une dose d’appétence pour la chose publique, voire le juridique et que vous aimez les gens, vous pouvez devenir Délégué(e) Général(e) d’une fédération professionnelle.
Mais pas de toutes…
Florence Berthelot