Inspirez. Transpirez.
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Il y a, sur LinkedTruc, du bon et du mauvais. Voire du très mauvais. J’avoue que j’ai eu l’idée de cet édito en lisant la publication d’une personne se plaignant des textes dits « inspirationnels ». Comme j’ai commenté ce post, vous pouvez aller le lire. Il est drôle, mais aussi très pertinent.
Pour prolonger cet agacement, il faut avouer que de plus en plus d’auteurs racontent une expérience qui commence comme une conversion mystique. Le narrateur marchait dans la nature, est tombé dans l’escalier ou a surpris la phrase d’un enfant et soudain, il a été frappé par la lumière. Pas tout à fait celle de la grâce : si on était mauvaise langue (ce qui n’est pas le style de la maison comme le savent les lecteurs assidus), on dirait plutôt celle de la notification.
Il (ou elle) a sollicité Claude le Chat Pété — l’IA, quoi… — et rédigé un texte d’où il ressort qu’il (ou elle, oui c’est le style adopté), devait absolument partager. Avec nous. Tout de suite.
Un trajet en ascenseur, la contemplation d’une assiette de quinoa ou un retard de TGV deviennent des prétextes à parler de « mindset », de « résilience », de « posture », de « lecture des signaux faibles », d’« alignement », d’« impact », d’« évolution stratégique » ou d’« impact systémique ». Le tout emballé dans une insupportable bouillie, avec trois retours à la ligne par pensée et une admiration pour « l’humain » que l’on redécouvre.
Vous avez raté votre train ? Soit, mais vous avez appris à « transformer une contrainte en opportunité ». Un collaborateur a oublié son badge ? Il vient de « sortir de sa zone de confort ». Une réunion reportée ? Surtout pas un simple contretemps : une occasion de « prendre du recul », de « réajuster sa trajectoire », de « faire émerger les synergies possibles » et, tant qu’à faire, de « faire bouger les lignes ». Il n’y a plus rien de banal, ni de quotidien. Tout devient matière à masterclass, à conférence TED et, avant tout, à publication..
On ne change plus d’avis : on « se repositionne ». On ne travaille plus : on « structure », on « challenge », on « élève son niveau d’excellence opérationnelle ». On ne dit plus « je n’ai rien à dire », mais « je contribue à porter une vision intégrée et cohérente ». À force d’alignement, d’impact, de transformation écoresponsable, de gouvernance inspirante, de performance durable, de leadership conscient et de management bienveillant, on finit par produire du charabi-charabia (invention de ma part). Chaque mot semble important (que dire : essentiel !) mais l’ensemble ne veut rigoureusement rien dire.
On dirait presque un discours politique… Non on dirait totalement un discours politique !
Que ces textes soient écrits avec l’aide de l’intelligence artificielle est déjà un sujet. C’est pire quand l’IA mime la révélation personnelle. Peut-être est-ce pour apprendre à la machine qu’elle devrait envier notre banalité ? Finalement, c’est peut-être elle qui s’extasie devant des sensations qu’elle ne peut pas éprouver. Mais l’humain n’a pas à ratifier, encore moins à amplifier, ce travers.
À qui appartient ce « je » qui sent à plein nez le programme qui mime les émotions ? Quelle est cette fumisterie qui se termine le plus souvent par : « Et vous, quelle a été votre plus grande leçon de leadership en perdant vos lunettes ? »
Et, point d’orgue, l’algorithme adore ce genre de logorrhée. Tu parles ! Ça lui parle !
Je fais le choix d’être un peu moins inspirée ou inspirante (si je ne l’ai jamais été). Non, je ne vais pas transformer chaque tartine beurrée en manifeste existentiel. Je refuse la grande lessiveuse des phrases prêtes à penser. Écrire, c’est raturer, chercher le mot ou la formule juste et tout recommencer. Bref, c’est transpirer.
La transpiration a un avantage sur l’inspiration artificielle : elle prouve qu’il y a encore quelqu’un de réel derrière le texte.
La prochaine fois, on parlera de la photo d’illustration. On n’a pas fini de rigoler.
Florence Berthelot