En zone rouge

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J’avoue : cela me démangeait d’écrire encore sur l’intelligence artificielle. Notamment sur l’épisode des derniers jours. Jacob Coxon, un employé d’Anthropic a démissionné en lançant l’alerte : l’IA va tous nous tuer dans 10 ans maximum. Dario Amodei, Sam Altman et Elon Musk — les trois géants de la place — s’alarment et déclarent qu’il faut faire une pause dans le déploiement de l’IA. Quand ceux qui appuient sur l’accélérateur réclament un répit, on peut se demander si le mur n’est pas déjà face à nous. Ou si cette soudaine philanthropie n’était pas guidée par le souci — bien plus prosaïque ou financier —de ne pas rater une entrée en bourse. On finirait par croire que je fais une fixette sur l’IA (ce qui est sans doute un peu vrai).

Pendant ce temps, le monde très réel se rappelle à nous. En Arabie saoudite, des drones ont frappé des stations de pompage de l’oléoduc Est-Ouest qui, depuis, est fermé par précaution. Avant la guerre, il acheminait environ 2,5 millions de barils par jour et pouvait en transporter jusqu’à 7 millions. La raffinerie de Ras Tanura, d’une capacité de 550 000 barils par jour, est paralysée. Le détroit d’Ormuz reste fermé et les Houthis contrôlent désormais l’autre verrou, Bab el-Mandeb. Bref, les routes du pétrole se ferment les unes après les autres. Mais chez nous, circulez, il n’y aurait presque rien à voir. Alors qu’on entre en zone rouge.

On évoque tranquillement un litre de carburant à 3 euros, comme s’il s’agissait d’une nouvelle tendance de consommation. On nous annonce même le retour des porteurs de gilets — jaunes, évidemment, pas ceux qui portent les palettes. Et pour le transport routier de marchandises ? Pas d’aide en septembre. L’indexation, nous explique-t-on, ferait parfaitement le travail. Merveilleux. Sur le papier, sans doute. Dans les trésoreries, un peu moins.

Alors commençons par le commencement : versez déjà les aides dues depuis avril. Publiez rapidement le décret qui doit débloquer celles de juin, juillet et août. Et surtout : faites les contrôles attendus sur l’application réelle de l’indexation et sur les délais de paiement. Car un mécanisme qui n’est ni respecté ni contrôlé n’est pas efficace ; c’est juste un argument de communication.

Curieusement, il n’y a plus de « points » à Bercy. Ces fameux « points » où l’on prend surtout les points (cf un précédent édito) et moins les décisions. La campagne électorale semble tellement plus importante. Ce grand concours de formules qui se déroule devant les caméras pendant que les problèmes sur le terrain, eux, s’aggravent.

Les transporteurs n’attendent ni compassion de circonstance ni promesse à échéance variable. Ils attendent que l’État publie les textes, contrôle et fasse appliquer la loi. Même sans intelligence artificielle, cela devrait rester à portée humaine, non ?

Florence Berthelot

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