Devenir Sarah Connor

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Il y a ceux qui regardent les progrès de l’intelligence artificielle avec curiosité, ceux qui y voient une promesse et ceux qui la nient, voire la refusent totalement. Moi, je commence à me demander si je ne suis pas en train de devenir Sarah Connor.


Pour ceux qui n’ont pas la référence, dans les films de science-fiction Terminator, Sarah Connor (jouée par Linda Hamilton) est une femme ordinaire qui apprend qu’une intelligence artificielle dénommée Skynet, déclenchera un jour, une guerre contre les humains. Elle découvre aussi que celui qui organisera la résistance de l’humanité dans le futur est son fils, John. Skynet n’est pas qu’un programme : elle s’appuie sur des robots, les Terminators. C’est cette alliance entre intelligence et corps mécanique qui signe, dans le film, la fin des humains. Dans le premier opus, Sarah fuit. Dans les suivants, elle combat pour empêcher ce que personne ne veut voir venir.


Or, ce qui frappe aujourd’hui, c’est justement la rencontre entre l’IA et la robotisation. L’IA écrit, calcule, résume, compare, code, et même, conseille. Ces dernières semaines, elle s’invite aussi dans les mathématiques les plus pointues : Google DeepMind a obtenu, avec AlphaProof et AlphaGeometry, un résultat équivalent à une médaille d’argent aux Olympiades internationales de mathématiques 2024, en résolvant quatre problèmes sur six ; et d’autres ont résolu des conjectures et des problèmes ouverts depuis des décennies. L’IA ne se contente plus de calculer, elle raisonne. La question philosophique est désormais de savoir si elle a ou non une conscience. 


Les robots  ̶  humanoïdes ou non  ̶  sortent eux aussi du décor : Tesla avance avec Optimus, Unitree enchaîne les démonstrations d’agilité, Digit d’Agility Robotics transporte déjà des bacs dans des entrepôts et Figure AI a été testé chez BMW pour effectuer des tâches de manipulation et d’assemblage sur une ligne de production. 


Cet été, le ministre des Transports a autorisé en France le lancement de robots de livraison. On voit venir ces machines pour l’usine, l’entrepôt, le bureau, demain peut-être, le domicile — plus tôt, et parfois avec plus de souplesse, que l’on ne l’imaginait. Et pour un prix accessible.


Il serait pour autant inutile de dire que la fin du monde est imminente. Les technologies ont toujours traîné leur lot de paniques et de prophéties ratées. Mais prendre tout cela à la légère serait une erreur. Ce qui vient ne touchera pas quelques métiers : ce sont le travail, les compétences, la formation, l’emploi. Et donc, juste après, notre modèle social et notre façon d’aborder la question politique.


Prenons un exemple : si l’IA sait lire des milliers de pages, rapprocher des textes, repérer les contradictions et rendre des procédures lisibles, on pourrait lui confier une tâche d’ampleur à savoir, la simplification. Débroussailler normes, règlements, formulaires, contrôles et surtranspositions devient une mission d’intérêt public pour faire ce que personne n’a voulu ou pu faire jusqu’à présent. Rendre ainsi l’action publique plus lisible et plus efficace serait déjà une révolution.


Si l’on ajoute au raisonnement le recours à des robots pour combler des emplois non pourvus, on bascule dans un autre monde. Ce qui se présenterait comme une solution face à la pénurie de main-d’œuvre, notamment dans les emplois les plus pénibles, peut aboutir à un changement radical de société. Moins d’humains là où l’on manquait d’humains. Et un jour moins d’humains tout court. Ne pas vouloir aborder ce qui à ce jour n’est qu’une simple hypothèse serait un raisonnement à courte vue. 


Aujourd’hui, alors qu’une campagne électorale débute, qui mettra ce sujet dans le débat politique ? On parle déjà de nombreux sujets  mais (les paris sont ouverts) on ne parlera certainement pas de cette révolution en cours.


Sarah Connor avait choisi l’entraînement militaire pour changer le futur. Je ne suis tentée ni par le manuel de survie sous l’oreiller, ni par les « fréquentations » capables de m’apprendre le maniement d’armes de guerre — (enfin, tout s’étudie aussi, ça dépend…)


Mais il faut s’emparer du sujet et se poser les bonnes questions. Pas pour jouer les héros ou héroïnes de film d’action mais surtout pour éviter que, dans le scénario qui s’écrit, nous ne soyons ni les acteurs, ni les scénaristes, ni les metteurs en scène, mais de simples figurants d’un avenir écrit par d’autres, ou… pire, par l’IA elle-même.

PS : à l’attention de mon fils : si je suis Sarah Connor, cela ne signifie pas automatiquement que c’est toi qui va sauver l’humanité. Maintenant… à toi de voir.
 

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