Des poules et des couteaux

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Une Fédération porte la voix de tout un secteur et des propositions concrètes. Elle s’oppose aussi à toute mesure qui handicaperait la compétitivité et la performance des entreprise. En temps normal, c’est déjà du sport. En campagne électorale, cela devient plus que jamais un combat.

En cette rentrée, on éprouve quand même une grande perplexité. Un candidat visite une éolienne en donnant l’impression que c’est plutôt lui qui brasse de l’air Un autre fait des frites (ça baigne dans l’huile). Encore un autre fait du toilettage pour chiens (!). Il y a même un chanteur et quelques sacrés comédiens. Chacun fait du buzz à coup de photos ou de phrases qui se veulent « choc ». Sans se rendre compte que les spectateurs que nous sommes ne les écoutent même plus.

La liste des prétendants s’allonge chaque jour. À ce rythme, je vais finir par déposer ma candidature. Il n’y a pas de raison après tout. Ce ne serait pas tout mignon de poser devant une borne de recharge, la prise à la main (et pas les doigts dans la prise) ? Pour le programme, je ferai comme tout le monde : un titre fort (« Si vous l’avez c’est qu’un camion l’a apporté »), une ou deux polémiques (on dit « pain au chocolat » ou « chocolatine » ?) et le tour est joué.

Ce qui frappe, c’est cette sorte d’entre-soi et la déconnexion totale des réalités de terrain. On dirait des poules qui ont trouvé des couteaux. En donnant l’impression que ce qui compte c’est d’abord ce que l’on appelle vulgairement… la gamelle.

Le pays a certainement besoin d’autre chose. Et surtout d’un peu de sérieux. Quant au transport routier de marchandises et à la logistique ils demandent du réalisme et du réel. Des routes en bon état. Des énergies alternatives disponibles et accessibles. Rêvons un peu plus : une fiscalité stable voire en baisse, moins de normes, des entreprises qui gagnent de l’argent et peuvent se projeter pour investir.

Evidemment, nous porterons les propositions du secteur. Nous parlerons compétitivité, transition énergétique, emploi, formation, infrastructures et Europe. Sans oublier l’IA et la robotisation.

À propos d’IA, ce sera intéressant d’y passer les programmes des candidats. Elle dira ce qui tient debout (ou pas), ce qui coûte une fortune, ce qui contredit la ligne précédente et ce qui suppose une économie en croissance et un budget infini. L’exercice sera très probablement cruel.

Ne nous leurrons pas. Beaucoup de candidats ne pensent pas un instant au transport et particulièrement au transport de marchandises. Sauf à dire qu’il faudrait mettre les camions sur les trains, et faire payer les infrastructures à l’usage. C’est juste ce que l’on entend depuis près de 30 ans, comme c’est original ! Comme me l’avait dit un directeur d’administration : « les camions, ça ne vote pas ». Or, les économies les plus puissantes du monde aujourd’hui sont avant tout des grands pays de transport.

Comme d’habitude, nous ferons le job. Sérieusement. Qu’importe qui sera le coq (ou la cocotte en chef) qui règnera finalement dans la basse-cour. On tentera juste d’apprendre aux poules ce que l’on fait avec des couteaux, et tant qu’on y est, avec tout le service de table. On peut le dire : c’est un défi.

Florence Berthelot

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