Délivrééés, libérééés…

-

Lors de nos réunions de service, nous faisons le point sur les dossiers en cours. C’est lors d’une de ces réunions, que notre Déléguée régionale d’Île-de-France aborde les échanges de la semaine précédente avec une association visant à prévenir les aspects de pollution et à améliorer la qualité de l’air notamment à Paris.

L’objet est louable et d’ailleurs de nombreuses ONG en sont partenaires. Parmi les sponsors, on compte aussi la ville de Paris, une célèbre entreprise de VTC et une autre de vélos en libre-service. Et en creusant un peu, on trouve des subventions dont inévitablement une subvention du ministère de l’Écologie (donc... nos sous).

En soi, ce n’est pas nouveau. C’est peu connu mais que ce soit au niveau européen ou au niveau national, des subventions sont accordées à des entités qui interviennent dans le débat public, généralement (c’est-à-dire dans 55% des cas…) pour…. soutenir les politiques publiques. Sans doute une façon de répondre aux actions d’influence des organisations professionnelles qui, elles, ne bénéficient pas de l’allocation de fonds publics. Et heureusement.

Quoi qu’il en soit, cette association milite activement pour les ZFE et les véhicules dits « zéro émission », et pour être encore plus précis, pour les seuls véhicules électriques.

Après des années de débats houleux sur la question des livraisons urbaines, un dialogue s’est instauré entre les représentants de la profession du transport routier de marchandises et ce genre d’associations.

Or, voilà des mois que l’on nous parle de « zones de livraisons apaisées ». Oui vous avez bien lu. « Apaisées », comme si les livraisons en temps normal, étaient chaotiques, ou pire, vindicatives, guerrières ou en force. N’importe quoi.

Ne voilà-t-il pas que devant des termes aussi curieux, on vient d’en inventer un autre : celui de « quartiers délivrés ».

Alors évidemment, la question fuse « délivrés de quoi ? ». Ben… des camions pardi ! Vive le vélo, la livraison à pied et peut-être ici ou là un véhicule électrique.

Les mots ont un sens tout de même… Délivrés ? Des quartiers délivrés ? Ah très bien. Aucun souci : délivrés dans le sens pas livrés ? Genre, ils étaient livrés avant et ils ne le seront plus ? Pas de problème, on ne va plus y aller et puis c’est tout.

Ah quelle libération finalement ! Ne plus s’empoisonner la vie avec des QR codes, des horaires de livraisons impossibles, des zones de stationnement inexistantes ! Allez-y les gars pour vous faire livrer un frigo ou pour déménager un piano. On vous regardera faire avec délectation !

Non mais…! Délivrés. Libérés oui. C’est la Reine des neiges façon bobo, le monde des bisounours en chanvre de l’Himalaya recyclé. Les habitants des quartiers délivrés vont respirer de l’air pur (à condition qu’il n’y ait pas de vent) mais aussi mourir de faim, ne pas avoir de vêtements ou de médicaments, mais peu importe ils iront se fournir dans les quartiers pas délivrés. Heureusement qu’il en restera à côté.

Les auteurs de ce qualificatif reconnaissent que le « branding » (yes sir !) n’est pas forcément très heureux. C’est le moins que l’on puisse dire. Il va falloir trouver autre chose. Et dire que nos impôts servent à ce genre de facéties. Délivré… mon œil ! Pour rester poli…

Florence Berthelot

Haut de page