Breaking Bad

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À la presque fin de la 9ème semaine de crise, il semblerait, selon les grands spécialistes mondiaux, que l’on ait dépassé le point de bascule en matière énergétique. Cela signifie que, même si le conflit au Moyen-Orient s’arrêtait là, même si le détroit d’Ormuz était réouvert maintenant, il faudrait des mois pour un retour à des prix de carburant nettement moins élevés et des approvisionnements normaux en produits pétroliers, pétrochimiques et chimiques.

On sous-estime beaucoup trop l’importance de la chimie dans notre économie moderne. Les fans de séries, eux, le savent, pour ceux qui ont pu regarder la série Breaking Bad. Il ne s’agit pas de « divulgâcher » (comme le disent les Québécois), cette série en 5 saisons. Mais le fait est que, dans cette description de ce que pourrait être l’enfer, le personnage principal fait singulièrement penser à ce que beaucoup peuvent éprouver aujourd’hui.

Walter White (c’est son nom) a tout de l’homme bien : bon mari, bon père, bon ami, bon prof (de chimie). Le cas même du type bien auquel il ne devrait arriver que des bonnes choses. Et puis un jour patatras ! Un évènement fait tout basculer. D’abord désabusé, il révèlera ensuite les aspects incroyablement sombres de celui qui n’en a plus rien à faire de rien. Réservé à un public « averti »…

Il y a des phrases qui font mal. Un président de syndicat FNTR qui m’appelle et qui dit « On sait bien que vous faites le maximum. Même si ça ne sert à rien…». Cela ne voulait être ni méchant, ni même critique à titre personnel (enfin je crois…). Comme tous, il est juste conscient que nos pouvoirs publics font de la communication mais qu’aucune mesure n’est à la hauteur de la crise. Comment lui donner tort ? Des aides mal dimensionnées et discriminatoires qui ne seront versées qu’au mieux fin mai, des prêts de la BPI hors de prix, des projets de révision de l’indexation gazole à trop long terme. Le tout pendant que les Espagnols prennent une loi d’urgence sur l’indexation très favorable aux transporteurs et que les Allemands font baisser les taxes sur le carburant.

Les entreprises sont définitivement en colère mais semblent (à tort ?) résignées. Il n’y a rien à attendre de personne. Personne ne nous sauvera. On ne peut compter que sur nous-mêmes. En soi, il y aura plusieurs leçons à tirer de cette crise .

La première, c’est que les entreprises doivent avoir plus de trésorerie qu’elles n’en ont aujourd’hui. 28 jours en moyenne selon les chiffres de la Banque de France, c’est largement insuffisant.

La deuxième, c’est qu’il faut totalement revoir l’indexation gazole en ne prenant qu’un indice de référence (probablement indice gazole pro du CNR) et l’appliquer au mois M et pas M-1.

La troisième, c’est que l’action professionnelle d’une Fédération comme la FNTR doit être repensée face à un gouvernement (des gouvernements) qui considèrent les corps intermédiaires comme, au mieux, inutiles, au pire, néfastes.

Comme Walter White, ce n’est pas tout d’avoir fait tout ce qu’il fallait. Ce n’est pas tout d’avoir l’expertise, la vision, la dimension territoriale et européenne. À partir d’un certain moment, il faut agir autrement et par des voies bien moins conventionnelles. Reste à les inventer ou à les réinventer.

Cela tombe plutôt bien finalement. Nous sommes nombreux à la Fédération à ne pas être conventionnels. Mais alors pas du tout.

Aux abris…

Florence White

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