Tambouille

5min -

Vivement que les restaurants rouvrent ! Quelle lassitude que de déjeuner avec ce qu’on a apporté dans une boite, ou de ce qu’on a acheté à emporter. Se faire servir à table un bon plat est en train de devenir un fantasme.

En y réfléchissant, cela pourrait inspirer une allégorie.

Imaginons des personnes qui, soit pour des raisons esthétiques, ou des raisons de santé, doivent faire attention à leur alimentation (c’est-à-dire tout le monde, en fait !). Les confinements et couvre-feux successifs ont épuisé les imaginations culinaires, et franchement marre de faire des gâteaux et du pain maison (généralement raté) !

Dès la réouverture des restaurants, elles se précipitent pour enfin profiter de ce moment convivial (et si français). Manger ensemble. Après tout ce temps, tout est tentant. Entrées, plats, desserts, on se lâche. Les serveurs courent dans tous les sens. En cuisine, ça chauffe : « Une portion supplémentaire de frites !», « Du rab de sauce pour la 15 ! », « une entrecôte à recuire ! » 

« On envoie, on envoie ! » Les commandes sont incessantes : « On voudrait du vin ! De l’eau ! des cafés gourmands ! Vous avez de la chantilly ?» Et tant que vous y êtes, rajoutez du pain car on a tout dévoré en attendant d’être servis…

On se tape la cloche, on s’en met « jusque-là ». Ça discute, ça rigole, ça vit. L’addition fait l’objet de palabres à l’infini sur qui a pris quoi, ce qu’on partage. Le total qui n’est jamais juste quand chacun a payé son écot (ah oui, j’ai oublié de compter ma part de tarte).

De retour chez soi, on se pèse et là, catastrophe. Soit la balance est cassée (elle n’est jamais cassée), soit le pantagruélique repas se traduit par une prise de poids. Fureur.

Imaginons alors que loin de s’en prendre à elles-mêmes, les personnes en question se tournent vers l’autorité locale : « Monsieur le Maire, c’est un scandale. Je suis allé dans ce restaurant et j’ai pris du poids ! »

Que fait un bon politique dans ce cas ? C’est simple. Il déplore que le restaurant fasse son travail. Il y ajoute qu’il y a du bruit en permanence, empiétement de la terrasse sur la voie publique, et odeurs qui dérangent les riverains.

Les restaurateurs protestent. Et pour mettre fin à la polémique, tout le monde s’accorde sur un point. C’est de la faute des serveurs. Ils n’avaient qu’à pas apporter à table ce qui fait grossir les clients. On va créer une taxe sur les serveurs. Non contents de ne pas leur donner de pourboire, ils devront payer à la mairie une contribution sur les commandes.

Non mais ! Ça suffit d’avoir affaire à de tels irresponsables…

Maintenant, remplaçons le terme « serveurs » par « transporteurs » et comprenez que toute taxe sur eux revient à taxer le service qu’ils rendent. Cela n’empêchera personne de faire plus attention, qui que ce soit d’aller au restaurant, et l’élu aura fait une belle opération de communication à visée électorale.

Ce n’est rien que ça. De la tambouille.

Florence Berthelot

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