La transition énergétique du transport routier de marchandises: déjà une réalité en Occitanie !

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Barcos

L’aventure débute en 2014. Des agriculteurs porteurs d’un projet de méthanisation et le bureau d’étude qui les accompagne alors contactent le transporteur Jean-Claude Barcos à Lanne (65) pour le convaincre de convertir des camions au Gaz Naturel Véhicule (GNV) et ainsi soutenir leur démarche. Seul problème, il n’existe aucune station dans les Hautes-Pyrénées. Qu’à cela ne tienne, ils la construiront ensemble.

En 2017, la station GNV d’Ibos est donc mise en service sous la marque Ecowgaz, dans un esprit d’économie circulaire fondée sur l’association de trois partenaires : les Transports Barcos, les agriculteurs Agrogaz, et Sophie Villard du bureau d’étude PICS. Un projet qui entend participer directement au développement du territoire tarbais, souvent éloigné des centres de décision : « Pour la station, c’est Sophie Villard qui a tout imaginé et tout fait. Aujourd’hui elle la gère et en assure la maintenance. Moi, je me suis engagé, en tant que professionnel et citoyen et aujourd’hui je ne m’occupe plus que de mes camions et de mon activité. Chacun son métier » explique Jean-Claude Barcos.

Le transporteur Barcos est en effet le premier d’Occitanie à choisir le GNV, il est aussi le premier à s’engager pour la construction d’une station. De trois camions GNV en 2017, il en possède aujourd’hui dix : « Le passage au GNV m’a permis de gagner deux marchés, je fais des économies sur le carburant et j’ai fait prendre de l’avance à mon entreprise. Notre image aussi a évolué, nous ne sommes plus un transporteur qui pollue avec ses camions mais une société engagée sur son territoire et dans la transition énergétique » assure Jean-Claude Barcos. « Pour les camions, poursuit-il, nous avons eu le soutien des pouvoirs publics pour les acquérir, c’est essentiel pour accompagner la démarche. » 

Aujourd’hui, le GNV, c’est en effet 20 à 30 centimes d’économie par litre de gazole, 80% de CO2 en moins si vous êtes en BioGNV, 95% de particules fines en moins, moitié moins de Nox par rapport au seuil de la norme euro VI, une vignette Crit’air 1 pour accéder aux centres-villes (Chiffres GRDF). Attention, les camions coûtent bien plus cher à l’achat, mais au final, les coûts s’équilibrent.

Depuis, Jean-Claude Barcos tente de convaincre plus de transporteurs de s’engager dans le GNV : « Nous ne devons plus être vus comme des pollueurs mais comme une profession indispensable et responsable. Il vaut mieux s’engager dans la transition énergétique de nous-même plutôt que l’Etat ne nous l’impose. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises ont des flux parfaitement adaptés à une conversion au GNV. Elles peuvent même se regrouper sur un territoire pour mutualiser les investissements. Nous sommes une profession, engagée, solidaire et respectueuse de l’environnement. »

Forts de cette expérience de la création et la gestion de la station d’Ibos, Sophie Villard et Ecowgaz travaillent désormais avec des transporteurs au développement de filières courtes de BioGNV et à la création de stations GNV sur-mesure : « Travailler avec les transports Barcos nous a permis de bien comprendre les enjeux et les contraintes des transporteurs. Nous avons peaufiné les questions de maintenance car nous ne pouvons pas tomber en panne. Chaque station est différente, parce que chaque transporteur a son histoire, son activité, son implantation et son territoire. Il peut y avoir des similitudes mais ces entreprises sont souvent liées à des histoires et à des hommes et à l’activité économique. Pour qu’un projet de station réussisse, il faut prendre en compte toutes ces composantes. »

Convaincue que plus d’écologie est une bonne chose, que les transporteurs ont un rôle primordial à jouer dans la transition énergétique et que la tendance est à l’ancrage territorial de l’économie pour développer le tissu d’entreprises locales, Ecowgaz développe une approche originale qui se fonde sur la qualité des relations humaines et des échanges avec les transporteurs. Une méthodologie ancrée dans leur quotidien et leur organisation pour permettre de faire de leur passage au GNV non seulement un projet rentable à moyen terme mais également un véritable atout marketing décisif pour l’obtention de certains marchés.

« Investir dans une station, cela peut paraître a priori insensé et compliqué mais faire travailler des entreprises du réseau du transporteur pour la construction de la station, connaître parfaitement l’activité de l’entreprise et son organisation, c’est au moins aussi important que le dimensionnement des équipements et le prix du gaz. Et c’est ce qui fait que les projets aboutissent et sont uniques, pérennes et rentables » explique Sophie Villard.

Pour développer l’étroite collaboration avec les transporteurs et les agriculteurs, et essaimer cette expérience, Ecowgaz s’est structurée en coopérative, petite société avec une solide expérience qui assure toutes les phases des projets. Depuis l’étude de potentiel et la recherche du terrain jusqu’à la mise en route et la recette : « Si le transporteur ne veut pas s’occuper du quotidien de la station, nous assurons aussi la gestion et la maintenance comme nous le faisons à Ibos. Les transporteurs font rouler leurs camions, nous on assure le reste. »

Trois ans après la construction de la station Ecowgaz d’Ibos et son passage partiel au GNV, Jean-Claude Barcos l’assure : « Si j’ai l’opportunité de convertir plus de véhicules, je le ferai. Nous avons fait le bon choix en construisant cette station pour passer au GNV. Nous avons pris de l’avance sur les autres et notre expérience peut servir à d’autres transporteurs. Au final, c’est la profession qui est gagnante. »

Actuellement, la société coopérative Ecowgaz, à la demande de trois groupes d’agriculteurs producteurs de méthane, travaille au développement de stations dans le département des Pyrénées-Atlantiques.

Un bel exemple qui démontre l’engagement d’une profession qui mérite d’être valorisée et soutenue dans cette transition. Un message que les transporteurs espèrent faire entendre alors même que la pression fiscale sur le secteur ne cesse de grimper, diminuant de fait leur capacité d’investissement notamment dans le renouvellement des flottes ou encore la construction de stations d’avitaillement.

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