L’interview de la semaine : Michel Chalot, dirigeant de l’entreprise Chalot Transports

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L’interview de la semaine : Michel Chalot, dirigeant de l’entreprise Chalot Transports

Michel Chalot, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Michel Chalot, et je dirige les Transports Chalot, une entreprise de transporteurs implantée à Strasbourg et qui existe depuis trois générations. Notre spécialité est le transport de matières dangereuses, notamment l’hydrocarbure, et une activité de transport en camion-grue. Nous disposons de camions plateau-grues, de citernes, de tautliner et de porte-container. A l’origine de cette entreprise, il y a mon grand-père, qui était charbonnier. Il a monté la structure dès 1928. Puis mon père a pris la suite. Enfin, je suis arrivé. C’était en 1978. Et j’en suis devenu le PDG dix ans plus tard. Je n’y suis cependant pas rentré directement. Lorsque l’âge est venu pour moi de travailler, mon père m’a dit : « Et bien, cherche ! » (Rires) J’ai donc cherché, et j’ai trouvé. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai intégré l’entreprise familiale. A ce moment-là, il n’y avait que six salariés dans la boite. Et j’y ai tout fait : conducteur de remplacement, mécanicien, exploitation… Ce fut très formateur. Pour tout. Ça vous apprend même l’humilité, et, mieux encore, le respect des autres. Ce qui est essentiel. Après, les Transports Chalot se sont développés. Grâce à l’activité. Ça ne peut fonctionner qu’avec ça. Rien d’autre. C’est l’activité qui crée l’emploi. Nous en sommes dépendants. Et aujourd’hui, notre société regroupe 83 salariés, dont 65 conductrices et conducteurs.  

En ce qui concerne l’activité, justement, comment se sont passés ces derniers mois pour vous, dans le contexte que nous connaissons tous ?

Nous avons bien entendu beaucoup souffert de la crise. Jusqu’en février, nous avions une bonne activité, nous étions même sur la lancée de notre chiffre d'affaire habituel. Puis, en mars, après avoir entamé le mois sans trop de difficultés, tout s’est progressivement effrité. Et dès les premiers jours d’avril, ce fut la chute libre, notamment pour les camions grues. A ce niveau-là, 80% de nos activités étaient au point mort, entre chômage partiel et véhicules à l’arrêt. Au final, il n’y a que nos petits porteurs hydrocarbures qui s’en sont bien sortis – même s’il nous a fallu rassurer les conductrices et conducteurs. Comme d’autres, nous avons cruellement manqué de masques. Ils ne nous ont été livrés que fin avril. Cette période sans masque a été extrêmement anxiogène, et nous étions en communication constante avec nos salariés pour démystifier – au mieux – la chose. Tout en faisant respecter les mesures de distanciation, les gestes barrières, etc. En définitive, il n’y a eu aucune personne contaminée chez nous. Seuls deux conducteurs ont été mis en quarantaine par mesure de précaution, du fait de cas au sein de leur famille. Dans un tout autre genre, nous avons aussi dû subir deux démissions. En participant à une plateforme de prêt de main-d’œuvre, deux de nos salariés ont décidé de rester auprès d’entreprises qui étaient en manque à ce moment-là. Parce qu’il y avait alors plus de travail, et parce que les salaires y étaient plus attractifs à l'instant T… Bref ! Pour en revenir aux conséquences de cette crise d’un point de vue économique, elles ont été catastrophiques pour nous. Nous avons fait certes mieux en mai qu’en avril, mais en ne réalisant que 2/3 du chiffre envisagé. Juin, en revanche, a été bon. Là, on a explosé tous les compteurs. Nos clients ont fait le plein, quitte au passage à prévoir des réserves. Du coup, inévitablement, une nouvelle chute a été constatée en juillet, laquelle s’est ensuite considérablement accentuée en août. Au point d’ailleurs que nous avons dû avoir recours – encore une fois – au chômage partiel, et ce, alors même que beaucoup étaient en congés. Aujourd’hui, notre activité dans son ensemble reprend un peu de ses couleurs habituelles, mais cela reste malgré tout assez timide. Et nous n’avons guère de visibilité sur les mois à venir, alors que c’était le cas avant la crise. Désormais, nous travaillons chaque jour pour le lendemain, il nous est difficile de nous projeter, et ça c’est vraiment très inquiétant. 

Quel regard portez-vous sur le plan de relance annoncé par le Gouvernement ?

Au cœur de la crise, nous avons été vivement remercié. Mais depuis que nous sommes sortis du confinement, plus rien. Et on note que dans le plan de relance aucune mesure spécifique n’a été envisagée pour le TRM. Il y a de bonnes mesures d’un point de vue général qui ont été annoncées, mais pas suffisantes pour notre secteur en particulier. On ne demande pas de protectionnisme, simplement d’être traité d’égal à égal avec d’autres entreprises. Surtout, et comme l’a stipulé la FNTR, on ne veut pas que notre ardoise augmente. Beaucoup d’entre nous vont déjà galérer. Et on sait par avance que certains chiffres d’affaires ne seront plus jamais atteints. Notre but aujourd’hui, à court terme, est de maintenir nos effectifs, et d’être capable d’assumer le quotidien.
 

https://www.chalot.fr/

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