Interview de Sylvain Baudry, Président de la FNTR Bourgogne

5min -
Interview de Sylvain Baudry, Président de la FNTR Bourgogne

M. Baudry, pouvez-vous pour commencer vous présenter en quelques mots…

Je m’appelle donc Sylvain Baudry, j’ai 53 ans. Je suis le fondateur et le Directeur Général de Logivia, une entreprise de transport spécialisée dans les flux agricoles. Logivia en deux chiffres : ce sont 160 collaborateurs environ et 30 millions d’euros de chiffre d’affaire. En ce qui me concerne, je suis dans le transport routier depuis… très longtemps ! La première fois que je suis monté dans un camion, je devais avoir trois mois et je crois que je n’en suis jamais vraiment redescendu. J’ai commencé ma carrière professionnelle comme conducteur routier, et même si au cours de mes aventures entrepreneuriales j’ai été amené à diriger – et je dirige encore – d’autres types de sociétés (coopération agricole, industrie lourde, élevage), je reste particulièrement attaché à notre profession.

Vous avez été élu Président de la FNTR Bourgogne le 6 octobre dernier. Quelles sont les motivations qui vous ont conduit à vous présenter ?

La FNTR en Bourgogne Franche-Comté, ce sont plus de deux cent adhérents. Et j’ai tout simplement à cœur de représenter l’ensemble des transporteurs de la région. Notre Fédération est l’organisation professionnelle la plus représentative de la branche. Elle l’est par ses adhérents, et avec le Conseil d’administration nous sommes à leur service, c’est un point important, je tiens vraiment dans cette représentation à être à leur écoute, et remonter leur voix, leurs demandes, leurs besoins, pour ensuite y répondre le mieux possible.

J’étais déjà vice-Président aux côtés de Georges Grenier (l’ancien Président, ndlr), et je pense que nous sommes à un virage de notre profession. En lien fort avec notre Conseil d’administration, qui se montrera plus présent sur le plan local,  j’estime que notre rôle aujourd’hui, à l’instar de toute la FNTR, est de promouvoir nos transports routiers en prenant en compte la totalité de ses composantes. Plus que jamais, il nous faut défendre les intérêts de la profession, accompagner les entreprises, sans oublier – et ce qui m’a plu aussi dans le fait d’accéder à cette Présidence – d’anticiper les grandes mutations à venir. La loi Climat & Résilience sera très impactante à bien des égards pour notre profession, et nous devons nous y préparer.

La première mutation à mener est sociale, pour régler notamment nos difficultés de recrutement. Il nous faut retravailler l’image de nos professions, et évoluer avec la génération des « Digital natives », leur rapport au travail, leurs attentes, leurs besoins… Je ne crois pas que la rémunération soit le seul angle d’analyse, même s’il est important. Nous devons ouvrir le débat au-delà, en redonnant du sens au métier. La seconde mutation est liée à un aspect plus sociétal, avec entre autres la transition énergétique. Se tourner vers de nouvelles énergies, énergies pour lesquelles nous devons avoir une action auprès de nos écosystèmes locaux. Et se poser les bonnes questions : quelles aides et quels leviers peuvent être mis en place ou déclenchés pour le déploiement de véhicules fonctionnant avec des énergies non fossiles, tout en maintenant des TCO a minima identiques à ceux qui existent actuellement. Enfin, troisième et dernière mutation, tout aussi primordiale : une mutation économique. Notre profession souffre d’équilibres économiques qui sont parfois précaires. Pour y remédier, il faudrait par exemple nous aider fiscalement, surtout si nous voulons mener nos transitions à bien. Il nous sera impossible de les accompagner si nous sommes contraints économiquement parlant.

Voilà donc les principaux enjeux de demain, pour lesquels en tant que Président de la FNTR Bourgogne je vais me battre. Parce que cela est nécessaire. Mais tout en communiquant positivement. C’est un des engagements que j’ai fait auprès du Conseil d’administration, et donc de nos adhérents. Nous sommes la deuxième ligne, rappelons-le, celle qui au point fort de la crise Covid a parfaitement tenu son rôle et a montré qu’elle était indispensable à la nation. J’en suis fier, et nous devons tous l’être. Nous faisons un métier dur, exigent, contraint par de nombreuses règlementations, mais nous le faisons au quotidien, et nous le faisons bien. Nous avons le savoir-faire, maintenant il faut le faire savoir. Contre tous ces préceptes « écolo-culpabilisants ». Nous exerçons nos métiers en phase avec les besoins des consommateurs, et avec engagement. Nous sommes le cœur de ce pays. D’ailleurs, un pays sans transport routier performant est un pays exsangue et doté d’une économie atone.

Avec votre entreprise, vous avez conçu le projet Ecologivia. Quelques mots sur le sujet ?

Les piliers – social, sociétal et économique – que j’ai évoqué précédemment sont ceux de la démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Et chez Logivia, depuis déjà deux ans, nous nous intéressons de près à tout cela. C’est ainsi qu’est né Ecologivia, un projet qui gravite autour de trois axes : l’adoption du bioGNV, de l’Oleo100 et le coaching de nos conducteurs pour améliorer leurs performances. Ecologivia est donc un programme à la fois écologique, mais aussi économique. Et je suis tout à fait satisfait des résultats attendus.

La question était : comment arriver à faire adhérer à notre profession une génération qui n’est pas forcément emballée par le transport ? Réponses : avec une certaine autonomie, avec du nouveau matériel, par le sens qu’on donne au travail, et puis par la décarbonation de nos véhicules avec un objectif d’ici quatre ans d’avoir 80 % de notre parc décarboné. Avec des énergies de territoire, des énergies locales, du GNV fait à partir de méthaniseurs de la région. Pour moi, notre indépendance énergétique est importante, et le fait de relocaliser nos productions également. D’abord parce que ça donne du travail aux transporteurs, et parce que c’est bien pour notre pays de réindustrialiser en prenant en plus ce virage « vert ».

En dépit de tout ce que réalise le secteur du transport routier, on ressent un certain mépris de la part de nos politiques. Comment l’expliquer, et, à l’approche de cette grande année électorale, quel(s) message(s) souhaiteriez-vous leur faire passer ?

Comment l’expliquer ? Toujours à cause de ces préceptes écolo-culpabilisants dont je vous parlais. Et pour capter des voix, faire plaisir à certains concitoyens, on nous méprise et on répète à qui veut l’entendre : « Les camions ça ne roule pas vite, ça pollue, c’est gênant, etc. » Sauf qu’en réalité, un camion c’est surtout « indispensable ». Tant que les gens commanderont par internet trois paires de chaussures, livrées ensuite à domicile, et avec la possibilité en plus d’en rendre deux parce que la taille n’est finalement pas la bonne, vous aurez toujours des camions sur les routes. C’est assez schizophrénique cette approche du consommateur qui veut tout, tout de suite, et pas de camion.

Et au-delà de cette indispensabilité, reconnaissons que la profession maîtrise tant ses émissions de gaz à effet de serre que sa partie sociale, ou encore sa partie sécuritaire. Il y a de moins en moins d’accidents, nos conducteurs ne travaillent plus comme des damnés, ils sont mieux formés et mieux suivis, ils font attention à leur consommation… Tout ça doit être pris en compte par nos politiques, pour enfin sortir du dogmatisme. Et aller vers le pragmatisme. Arrêtons avec les : « Mettons tout sur des trains. » Où il y a lieu d’être, très bien, nous sommes les premiers acteurs du ferroutage. Idem : où il y a lieu d’y avoir des canaux, du fluvial, très bien aussi. De toutes les manières, les marchandises arriveront quand même par camion à un moment donné. Nous sommes transporteurs, nous faisons du multimodal. C’est notre métier. Et pour qu’on le fasse, il faut que ce soit économique. Or, on nous taxe de plus en plus. On affaiblit nos structures et parallèlement on nous demande d’être plus vertueux. Le message que je souhaiterais donc faire passer, c’est : « Laissez-nous respirer. » Nous sommes, nous, transporteurs (ainsi que nos collaborateurs), des décideurs. Moi, par exemple, je suis conseiller municipal. Mais nous sommes également des pères et des mères de famille. Nous sommes des citoyens avant tout. Et donc, évidemment, nous souhaitons mener cette indispensable transition écologique et sociale, mais il faut nous en laisser les moyens. Nous ne demandons que ça. Notre secteur est un des rares qui, en trente ans, a totalement été reconfiguré. La profession a déjà fait un bond phénoménal, mais il faut encore lui donner les moyens de continuer à avancer, et surtout plus vite. D’être encouragés nous ferait du bien, également. Bref, nous avons vraiment besoin de recevoir un message fort de la part de nos hommes politiques.

Dernières actus

Haut de page