Interview de Séverine Michaud, Présidente de la FNTR Rhône Isère

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Séverine Michaud

Comment se porte le transport routier de marchandises dans votre région, plus d’un an après le début de la crise sanitaire ?

La reprise de l’activité est assez variable selon les secteurs. Ce qui est certain c’est que toutes les entreprises font aujourd’hui face à un manque cruel de main d’œuvre pour assurer la reprise.  Aujourd’hui, nous avons affaire à des conducteurs extrêmement volatiles et cela impacte nécessairement notre capacité à répondre de façon réactive aux demandes clients. Le manque de main d’œuvre constitue la principale problématique du moment pour nos entreprises. Et c’est regrettable car, en matière de volumes, l’activité est bien au rendez-vous aujourd’hui. Nous souffrons aussi beaucoup du retard de livraison de matériel. C’est extrêmement handicapant. Que ce soit pour des semi-remorques, ou pour tout équipement de manutention.

Comment ce souci de recrutement s’explique-t-il ? Est-ce dû à une méconnaissance du secteur ? Et comment pourrait-on y pallier ? En communiquant davantage sur la diversité de nos métiers par exemple ?

Il faut travailler sur cet axe, c’est certain. Notre secteur est en effet très méconnu, ou mal connu, avec beaucoup d’idées préconçues. Néanmoins, je pense que le problème est encore plus profond que ça. Si vous regardez précisément chaque secteur d’activité, vous remarquerez que tous manquent cruellement de main d’œuvre. Il n’y en a pas un qui s’en sort mieux que les autres. Je discutais il y a peu avec un céréalier. Ils ont attaqué leur saison la semaine dernière, et eux aussi manquent de main d’œuvre. En ce qui concerne notre secteur, je préfèrerais me dire qu’il suffirait de travailler sur notre image, sur l’attractivité de nos métiers, de mieux communiquer…  Mais quand vous vous rendez compte que le problème est général, cela devient très inquiétant, car cela signifie qu’il y a un souci structurel avec le travail en tant que tel. On se retrouve face à des situations surréalistes, où des gens quittent un CDI pour partir en intérim, ou encore avec des intérimaires qui, après un mois de formation, décident de prendre deux mois de congés… pour éventuellement vous rappeler à leur retour. Résultat, on doit à présent signer des CDI pour pallier les absences des intérimaires.

Il y a quelques jours, s’est déroulée la 2ème Semaine nationale du Transport routier de marchandises, lancée par la FNTR en 2020. En quoi est-ce important selon vous qu’un tel événement ait lieu aujourd’hui ? Qu’est-ce que cela apporte, et/ou doit apporter ? En prolongement de cette Semaine, vous avez d’ailleurs pu rencontrer Laurent Wauquiez. Qu’est-ce qui ressort de vos échanges ?

Cette Semaine du TRM est évidemment très importante, car elle nous permet de montrer concrètement nos métiers. C’est une fenêtre de communication incontournable pour les transporteurs. Une occasion supplémentaire, également, de rencontrer nos élus. Et en effet, le 14 juin dernier, en prolongement de cet événement, j’ai pu rencontrer et échanger avec M. Laurent Wauquiez, Président de région sortant, et candidat à sa réélection. Il s’est montré très à l’écoute de nos problématiques. J’ai notamment rappelé les chiffres clés du transport routier, les progrès considérables réalisés en matière de transition énergétique, la vive inquiétude des transporteurs sur les projets d’instauration d’une nouvelle écotaxe, la suppression de la TICPE et toutes les mesures d’augmentation de la fiscalité prévues dans la loi « Climat et Résilience. ». Laurent Wauquiez a salué les efforts importants réalisés par les transporteurs pour renouveler leurs flottes de véhicules, tout en précisant qu’il continuerait à les accompagner dans leurs démarches. Il a terminé en précisant que l’Etat devait assumer ses engagements en matière d’accompagnement des entreprises pour poursuivre leur transition énergétique et que ce n’était pas en les taxant de quelque manière que ce soit qu’il atteindrait les objectifs de réduction de CO2.

Quels sont pour vous les chantiers prioritaires à mener, dès aujourd’hui, et dans les années à venir ?

Il y en a trois principalement sur notre région : l’écotaxe, les ZFE (Zones à faibles émissions) et le recrutement. Ce sont pour nous, à ce jour, les sujets à traiter en priorité. Au niveau des ZFE, nous avons investi avec mon conseil d’administration tous les ateliers organisés par la ville. Et depuis le début, nous réitérons toujours le même discours : « Les ZFE, nous ne sommes pas contre, bien sûr, nous sommes des citoyens comme tout le monde, mais il faut agir intelligemment, en suivant un calendrier raisonnable, et en collaborant étroitement afin que l’on puisse expliquer nos contraintes techniques, ainsi que la disponibilité de l’offre véhicules et des réseaux d’avitaillement correspondants. » Nous ne lâcherons rien et suivons le dossier de près. Nous ne sommes d’ailleurs plus seuls. Depuis qu’ils ont compris qu’ils étaient concernés par la question, les artisans eux aussi sont désormais vent debout, d’autant que par rapport à nous, transporteurs, ils sont beaucoup plus en retard sur leur transition énergétique.

Un dernier mot pour conclure ?

Oui, au-delà de tout ce que je viens d’évoquer, je veux souligner l’importance du travail collectif. Il est essentiel de collaborer étroitement et en bonne intelligence avec l’ensemble des parties prenantes sur les différents dossiers qui nous préoccupent. C’est le cas par exemple avec la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) de la région. Nous avons adressé récemment à son Président une vidéo que nous avons réalisée il y a peu, intitulée Les transporteurs et la transition énergétique. Nous rencontrons également régulièrement le Préfet de région, ou encore les responsables de la DREAL (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement). Mon conseil d’administration est enfin très impliqué dans la Charte CO2 que nous mettons en avant dans tous les ateliers ZFE. Encore une fois l’important est d’adopter une démarche très ouverte de concertation et surtout, de réaffirmer nos atouts et nos arguments pour porter haut et fort la voix des transporteurs.

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