Interview de Patrick Lorenzi, Président de la FNTR Poitou-Charentes

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Interview de Patrick Lorenzi, Président de la FNTR Poitou-Charentes

Plus d’un an après le début de la crise sanitaire liée à la Covid-19, comment se porte le secteur au sein de votre région ?

Je pense que la situation y est la même que dans les autres régions. Ce n’est ni meilleur ni pire dans le Poitou-Charentes.

Un des débats qui enflamme actuellement le secteur – à très juste titre – concerne le retour d’une probable écotaxe. Que peut-on encore en dire aujourd’hui ?

Tout ce qui sera mis en place par le Gouvernement sera au final payé par le consommateur. C’est inéluctable. Nous n'aurons pas d’autre choix que – d’essayer tout au moins – de répercuter les coûts. Et cela va encore davantage fragiliser les entreprises du secteur, pour celles qui auront des clients qui vont refuser les augmentations. Ils vont essayer de tenir, tenir, mais...

Comment expliquer ce « retour » de l’écotaxe, version régionale cette fois ?

Et bien… Le fameux « Quoi qu’il en coûte ! » Si la démarche était nécessaire il va bien falloir le payer. En amont de cette écotaxe, le Gouvernement demandait, aux départements, aux régions de réinvestir. Mais l’argent va venir d’où ?  Il en va de même des maires qui sont en train de parler de l’augmentation de la taxe d’habitation. A l’arrivée, tout le monde va payer, le transport ne sera bien entendu pas le seul. Le problème, c’est qu’on se trompe de cible. On va faire payer des entreprises qui ont des marges ridicules, qui s’en sortent tout juste et qui survivent. A un moment, il faut arrêter…

Quelles seraient les vraies solutions pour aider le secteur à réussir sa transition écologique ?

D’abord, que l’on arrête de faire peser la charge de cette transition sur les transporteurs, mais avant tout sur les constructeurs et les énergéticiens qui doivent impérativement jouer le jeu. Par exemple, le B100, qui pourrait être une énergie de transition facile à mettre en œuvre, se révèle être une usine à gaz à cause des constructeurs. Je ne comprends pas que personne ne réagisse sur le B100. On pourrait faire de l’économie circulaire, en tout cas quelque-chose de plus rationnel, en favorisant les producteurs locaux, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui avec un marché quasi monopolistique en la matière. Mais on laisse faire. Parallèlement à cela, on nous demande de faire des d’efforts. Efforts que l’on fait, d’ailleurs. Les exemples de transporteurs ayant investi dans des énergies propres sont nombreux. Manque le réseau de distribution.

Une nouvelle campagne de communication lancée par la FNTR est en approche, ainsi que la seconde Semaine nationale du TRM à destination de nos élus. L’occasion d’un nouveau dialogue et de montrer concrètement nos différents métiers ?

Oui, bien évidemment. Seulement, l’élu va s’occuper du transport lorsqu’il va voter une loi. Ça va rarement au-delà. Il est donc important de lui ouvrir nos portes, oui, mais, plus important encore à mes yeux, c’est l’attractivité de notre métier. Le regard des jeunes sur la profession. Les mentalités évoluent. On voit bien que plus personne ne veut passer autant de temps que ça au travail. Et l’attractivité de notre métier devra nécessairement passer un jour ou l’autre par une remise en cause profonde de notre organisation. Les entreprises qui feront la différence seront celles, non pas qui auront les plus beaux ensembles, mais celles où les conducteurs resteront, et feront leur métier avec passion. Le transport n’est pas un métier comme les autres, c’est un sacerdoce. Charge à nous de transmettre notre passion.

Un dernier mot pour conclure ?

Je souhaiterais mettre en avant le travail des syndicats régionaux. La FNTR Poitou-Charentes m’a élu il y a peu, et je ne suis que le porte-voix de mon conseil d’administration. Nous avons décidé de délocaliser et de favoriser la représentativité locale. Ce n’est pas au président d’aller voir tous les députés de la région, mais aux administrateurs de chaque département. Notre travail consiste à être présent, sur le terrain, au niveau local. Ensemble nous sommes plus forts.

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