Interview de Pascal Trubert, Président de la FNTR Pays de la Loire

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Interview de Pascal Trubert, Président de la FNTR Pays de la Loire

Pascal Trubert, vous êtes le Président de la FNTR Pays de la Loire depuis 2015. Qu’est-ce qui, à l’époque, vous a amené à présenter votre candidature ?

Ça s’est fait un peu par la force des choses. Avant moi, c’est Hubert Dupont qui présidait la région, et ce, depuis… onze ans ! Or, il faut savoir qu’en réalité on ne peut dépasser neuf ans. Mais Hubert s’est retrouvé à faire un peu plus, d’abord parce qu’au départ il remplaçait Michel Coquille, qui au cours de son mandat est tombé gravement malade. Et ensuite, lorsqu’Hubert a fait part de son intention d’arrêter, après neuf ans de bons et loyaux services, aucun autre n’a souhaité se présenter à l’ époque. Du coup, il est reparti pour une année supplémentaire. Et, à la fin, toujours pas de candidat. Bon, là, pour lui, ça a été le maximum. Il ne pouvait pas faire une douzième année, et ce, d’autant que son entreprise avait besoin de lui… Alors, comme personne ne prenait la décision, j’y suis allé, en me disant : « A un moment, il faut se prendre par la main, et avancer ! » Il se trouve qu’en plus d’être un collègue, Hubert est aussi un ami. Et il m’avait préalablement sollicité pour que je lui succède. J’ai réfléchi… et j’ai fini par dire oui. Voilà comment je suis arrivé là. Bon, je ne regrette rien. Je suis très heureux de ces deux mandats, certes prenants, mais très intéressants. Il se trouve par ailleurs que, lorsqu’Hubert est arrivé aux termes de sa présidence, son Délégué régional, Pierre Baudouin, prenait aussi sa retraite. Le renouvellement était donc total, ce qui n’était pas plus mal, ça amenait du sang neuf. Et c’est Jean-Christophe Limousin, après l’avoir secondé, qui a pris sa suite. Je le connaissais déjà, on s’entendait bien, et, résultat, le courant est tout de suite passé. J’ai fait deux mandats, j’ai été très heureux de faire ce travail-là, et je suis content de m’arrêter, même si je vais continuer, mais d’une autre façon. Et je pars serein, en ayant préparé ma succession.

Quels ont été les premières, et principales actions que vous avez eu à mener sur le plan local ?

Le plus important, avant toute autre chose, ça a été de « préserver » la région. C’est une région reconnue, écoutée, et qui fait parler d’elle à différents niveaux de par ses actions. Puis, nous avons mis en place – même si c’était déjà le cas, mais il y avait du renouvellement à faire – des chargés d’actions professionnelles, pour à la fois conserver le nombre d’adhérents, et, aussi, aller en chercher des nouveaux. Ça, pour nous, c’était un véritable leitmotiv, que le nombre d’adhérents ne diminue pas. Et nous y sommes parvenus. Notre région a su conserver, si ce n’est le même nombre d’entreprises, en tout cas le même niveau de cotisations et de licences. Mieux, on note une augmentation du nombre de licences, ainsi que des salariés. Quant aux entreprises, s’il y en a moins, c’est aussi parce que parfois il y a des rachats ou des regroupements.

Cette Présidence vous a-t-elle apporté des choses en tant que dirigeant d’entreprise ?

D’être à la FNTR, déjà, cela vous apporte forcément des choses. Et moi, j’y suis depuis 1986. J’ai été Président départemental avant d’être Président régional. Alors, ça n’apporte pas en terme de business, mais plutôt en terme de connaissances. Vous êtes en contact avec d’autres transporteurs, qui font la même chose que vous ou non, et cela vous ouvre sur l’extérieur. Ce qui s’avère primordial dans les années difficiles, comme en 2020. On n’est pas tout seul. Et ça permet d’échanger rapidement sur les solutions possibles, lesquelles seront ensuite mises en œuvre par les uns ou par les autres. Puis, le fait d’être responsable au sein d’une Fédération nous conduit généralement à prendre d’autres mandats ailleurs. Moi, par exemple, j’ai un mandat au MEDEF, j’assurais aussi la présidence du club d’entreprise de Mamers, etc. Bref, plusieurs choses comme ça qui gravitent autour et développent considérablement votre réseau. D’être Président, enfin, favorise les rendez-vous avec les Préfets, les Préfets de région, les Présidents de département, etc. Et tout ça, ça nous fait grandir. Et ce n’est jamais du temps perdu. En revanche, cela représente du temps, c’est certain. Il faut l’accepter, et trouver un équilibre non seulement avec votre famille, mais également avec votre société. Personnellement, je n’avais pas d’autres choix, souvent, que de travailler le samedi au sein de mon entreprise, afin de compenser certaines de mes absences la semaine. Si vous voulez bien faire, c’est le prix à payer. Et il faut aimer ça. Ce qui est mon cas.

Vous l’avez évoqué, l’année 2020 a été une année terrible. Comment la FNTR Pays de la Loire a-t-elle traversé cette crise ?

Je suis assez fier de ce nous avons fait. Nous, la FNTR Pays de la Loire, mais également Paris. En 2020, la Fédération a été plus que jamais utile aux adhérents – et elle l’est d’ailleurs depuis longtemps. Nous avons mis en place plusieurs aides, en ce qui concerne notamment l’achat de masques, de gel, sans oublier la question du chômage partiel. Je crois même qu’on a été une des premières régions où tous les transporteurs, sans exception, ont vu leur dossier accepté. J’ai appelé tout le monde, les Préfets de département, de région, le patron de la Direccte Nantes, et, au bout de trois semaines, le sujet était réglé pour nos adhérents. Ça, c’était très important, surtout dans une période pareille. La plupart ne savait pas forcément à quelle porte frapper pour que cela se mette en place. Mais nous avons été là, pour ça, comme pour bien d’autres choses. Le travail était considérable, mais nous avons répondu aux différents besoins. Et, à l’arrivée, nos adhérents ont exprimé une vive reconnaissance à notre égard. Jamais, en six ans de mandat, je n’avais vu ça. Pas à ce point-là. Beaucoup, n’appartenant à aucune Fédération, nous demandent parfois : « Mais qu’est-ce que cela va nous apporter de venir chez vous ? » Je crois qu’en 2020, ils ont compris, parce que l’aide qu’on a apporté à nos adhérents, eux, ils ne l’ont pas eu. Donc, d’être dans une Fédération est un avantage réel. Et pas uniquement en temps de crise. Chaque année, qu’elle soit difficile ou non, nous apportons l’aide nécessaire à nos adhérents, et ce, de façon automatique. Il faut aussi démystifier cette image comme quoi la FNTR ne défendrait que les « gros ». C’est une idée qui court et qui continue de faire son chemin, principalement dans les petites entreprises. Plus de la moitié de nos entreprises ont moins de cinquante salariés. Et les trois quarts en ont moins de cent, ou cent cinquante. Les grosses entreprises représentent beaucoup en effectifs, mais elles sont loin d’être majoritaires.

Quels sont, selon vous, les enjeux de demain ?

Je pense qu’il faut aider les transporteurs à aller vers la digitalisation et la numérisation. C’est là un des virages parmi les plus importants que notre secteur doit prendre rapidement. Ceux qui ne passeront pas par-là risquent de rencontrer de gros problèmes par la suite. En Pays de la Loire, c’est en tout cas un dossier que l’on a sous le coude. Il faut aussi accompagner nos adhérents vers la transition énergétique qui aidera à l'acceptation du camion par le grand public et l'amélioration de notre image (RSE). Si on veut améliorer notre image de marque, ça passera forcément par là. Enfin, nous devons rester extrêmement vigilants sur la place des conducteurs et conductrices dans nos métiers. C’est essentiel. Mais pas toujours évident. On l’a bien vu en 2020, lorsque tous les restaurants ont été fermés. Ou il y a encore quelques jours, durant les épisodes neigeux… Il faut se battre en permanence pour s’assurer du confort et du respect de nos conducteurs. Car beaucoup partent. Sans eux, nos entreprises n’ont plus d’avenir. Ah, et ultime enjeu de demain : qu’on soit écouté, entendu, et surtout reçu, par notre cher Ministre délégué au transport. Car s’il y en a un qui brille par son absence, c’est bien lui. Il ne peut pas laisser la route à l’abandon comme ça, ce n’est pas possible… On n’avait encore jamais connu ça !

Quels sont les souvenirs, parmi les meilleurs ou les plus forts, que vous garderez de ces deux mandats ?

D’abord, je dirai ceux qui sont liés à notre salon Technotrans, que nous organisons tous les deux ans. Ça, c’est vraiment un de nos temps forts dans le Grand Ouest et qui est d’ailleurs toujours très attendu. Il n’a malheureusement pas pu avoir lieu l’année dernière, pour les raisons que vous savez. Sinon, je repense aussi à un combat, que nous avons gagné et dont nous n’étions pas peu fiers. C’était contre le blocage du port de Saint-Nazaire, en 2019. Nous avons réussi à déloger la CGT. La délégation régionale avait trouvé un huissier de justice efficace et motivé. Il ne s'est pas démonté. Il s’est rendu dès 6h du matin au piquet de grève de la CGT, et il leur a présenté la situation sans détour : « Si vous ne rétablissez pas la libre circulation dans le port, vous aurez une astreinte de… » Je ne me souviens plus de la somme exacte, mais c’était assez important. En tout cas, l’huissier n’a pas eu peur, il y est allé tout seul… et ça a marché ! Parce que dans la journée le piquet de grève était levé. Vraiment, nous sommes fiers de ça. Ça avait été décidé en conseil d'administration, la FNTR Pays de la Loire a mené l’action et a trouvé l’huissier qu’il nous fallait. Ça nous a tous marqués. Pour terminer, je pense que la FNTR doit continuer de défendre et représenter l'ensemble des transporteurs, petits et grands, elle doit en permanence s'interroger sur ce que la Fédération peut apporter aux transporteurs, il est également indispensable que ces dirigeants réfléchissent à leurs contributions à la FNTR. Car la FNTR est, et sera, ce que, nous, les transporteurs, en feront.

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