Interview de Michel Chalot, Président de la FNTR Alsace

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Interview de Michel Chalot, Président de la FNTR Alsace

Michel Chalot, nous voilà arrivés presqu’un an après le début de la crise liée à la Covid-19… Comment se porte le transport routier de marchandises dans votre région ?

C’est toujours très contrasté. Tout dépend en fait du secteur d’activité. Comme partout ailleurs. Pour ce qui est du transport en lot, il y a une activité, même si elle reste molle. Les flux ont repris, ils apparaissent bien meilleurs qu’il y a quelques mois, mais ils sont tout de même en retrait, si on se réfère aux chiffres qu’on a connu il y a un an. Car le mois de mars 2020 avait été bon, même si le confinement a commencé au beau milieu. C’est vraiment avril qui est devenu le premier « mois catastrophe ». Et dès le mois de juin, on a eu une activité qui était de l’ordre de - 8 à - 10 % par rapport à la moyenne habituelle. Sauf, bien sûr, pour ceux qui faisait de la livraison à domicile, comme par exemple Amazon, et une partie de l’alimentaire. Quant au transport pur, son activité demeure encore elle aussi en retrait. Mais on sait déjà que le mois d’avril 2021 sera nettement meilleur que celui de l’année passée. En toute logique…

Le projet de loi "Climat et résilience", présenté mercredi 10 février, ouvre la porte à une nouvelle taxation écologique des poids lourds au niveau régional. L’Alsace, de par son statut particulier, a déjà avancé sur ce projet. Quelles sont vos dernières informations à ce sujet ?

Avec Martine Bensa, Secrétaire générale de la FNTR Alsace, nous avons été reçus le 25 février par le service de la Communauté européenne d’Alsace, qui mettra en place l’écotaxe poids lourd régionale. Juridiquement, ils attendent l’ordonnance qui leur permettra d’agir. Et cette ordonnance, ils l’auront – à priori en juin – puisque la loi a été votée, et on ne reviendra pas dessus. Après, je pense qu’ils veulent aussi laisser passer les élections régionales. Ils ont trop peur des retombées. C’est pourquoi ils se cachent derrière cet argument juridique, pour ne pas bouger avant le mois de juin. Bref ! D’ici là, ils vont organiser des réunions de consultation, et non d’information, ce qui est un bon point. Néanmoins, il y a d’ores et déjà des décisions qui sont politiquement acquises. Notamment le fait qu’il n’y aura pas d’accompagnement juridique. Ils envisagent de laisser le marché se faire. Nous leur avons bien sûr dit que, d’une part, nous n’étions pas d’accord avec l’idée d’une taxation, et que, d’autre part, si taxation il y avait, nous ne serions pas d’accord non plus pour que « le marché se fasse. » Sinon, nous serions le dindon de la farce. On le sait tous. Ils ont pris la Belgique en exemple, précisant que là-bas ça s’était fait ainsi, ce à quoi nous avons répliqué : « Oui, mais quand la taxation Belgique s’est faite, c’était en même temps que la généralisation de circulation des 44 tonnes. » C’est-à-dire qu’indirectement il y avait une compensation. Chose qui n’aura pas lieu avec cette nouvelle taxe poids lourd française, ou alsacienne. Donc ça, déjà, ça leur a un peu coupé l’herbe sous les pieds.

Après, nous avons abordé la question de la technique de taxation. A un moment, ils ont été en discussion avec Toll Collect, une société gérant le système de péage pour poids lourds, mais celle-ci leur demandait trop cher de frais de collecte. Plus de 10 %. Ils estiment que c’est trop. Et ils l’ont pour l’instant écarté. Pour l’heure, ils semblent très intéressés par un système de géolocalisation, via un boîtier, qui existe actuellement en Belgique. Et ils imaginent des barrières de péages virtuels, tu rentres à un moment, tu ressors à un autre… en somme, rien de bien neuf. Là encore, nous avons exprimé nos réticences, en précisant par ailleurs une chose, si cette option était adoptée : que, techniquement, ce soit compatible avec les boitiers existants, pour éviter d’en avoir un supplémentaire, parce qu’on les accumule. Autre point abordé, le niveau de la taxation. Ils ne l’ont pas encore fixé. Mais il y aura une variabilité en fonction des types de véhicules, de leur degré de pollution, et de leur tonnage évidemment. Pas de surprise à ce niveau-là. En revanche, quand nous leur avons demandé à partir de quel seuil ils voulaient déclencher cela, ils nous ont répondu : « A partir de 3,5 tonnes. » Sans commentaire. Moi, personnellement, ça me va très bien. Cela va nous faire encore plus de « poids » dans la contestation, car énormément de personnes seront concernés. Ils veulent mettre tout le monde autour de la table… Très bien ! Il va y en avoir, du monde. A titre comparatif, la taxe allemande, elle, démarre à 7,5 tonnes. 3,5 tonnes, ça englobe toutes les chambres de commerce, le bâtiment, l’artisanat…

Enfin, dernière question posée : le délai. Quand envisagent-ils de mettre tout cela en place ? Selon eux, aucune deadline n’a encore été fixée, mais ils estiment que deux années, voire un peu plus, seront nécessaires pour installer la chose. Autrement dit, cela nous amène après la mandature présidentielle actuelle. Voilà, en gros, où nous en sommes, suite à cette réunion du 25 février. Près de quatre heures d’échanges. A seulement quatre personnes ! Et sans aucun politique. Eux, nous ne les avons pas encore rencontré à ce sujet. Mais, de toute façon, nous connaissons déjà leur point de vue… Nous voyons bien que l’Alsace va servir de laboratoire. Et c’est ce qui est très inquiétant.

Quels sont selon vous les autres combats à mener, aujourd’hui et demain ?

Toutes les actions qui ont déjà été introduites. La transition écologique est un sujet d’actualité primordial, aussi bien en région que sur le plan national. Nous avons commencé à rencontrer des députés, et nous continuons à le faire. Nous allons leur expliquer la position de notre profession, et de notre fédération. Et puis, ce que l’on souhaite, comme tout le monde, c’est de commencer à voir le bout de cette période. Côté allemand, ils commencent à « déconfiner » mais ils sortent d’un confinement plus dur que chez nous. En France, le sujet est à peine effleuré, on parle de la mi-avril. Mais soyons optimistes, même si nous allons bientôt arriver à une période où beaucoup auront le désir de partir en vacances, ce qui est un peu en opposition avec le principe d’une reprise. Nous verrons. Notre chance, dans le TRM, par rapport au transport de voyageurs par exemple, c’est que nous avons continué à recruter, à embaucher, et à former. Même si ce n’était pas parfait, même si l’activité reste molle… et même si certains ont souffert énormément. Encore une fois, ça a été variable, selon le secteur. Mais globalement, aujourd’hui, on travaille. C’est tout ce que nous souhaitons.

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