Interview de François Coué, Président de la FNTR Mayenne

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Interview de François Coué, Président de la FNTR Mayenne

M. Coué, commençons si vous le voulez bien par une brève présentation…

J’ai quarante ans. Je dirige les Transports Coué depuis le 1er septembre 2013. Il s’agit d’une société familiale que mon père a créé en 1983 et que j’ai intégré en 2007. J’y ai occupé successivement bon nombre de postes, histoire de faire un peu le tour et de bien connaître le métier, puis j’ai fini par prendre la tête de la structure, six ans plus tard. Diverses plateformes se sont ouvertes au fil des ans, une dans l’Est à Balgau en 1995, une dans le Sud-Est à Nîmes en 2007... Cette année, j’ai également racheté l’entreprise TRM, créé en 1966, ainsi que ses entités TCM, ELM et SOTECAN INTERNATIONAL. En définitive, mon périmètre d’activités inclut 250 collaborateurs dont 200 conducteurs, et a cumulé, à titre d’exemple, 37 millions d’euros de CA en 2020.

Vous avez été élu il y a peu Président de la FNTR Mayenne. Quels sont pour vous les dossiers prioritaires à traiter ?

Au départ, avec le rachat de TRM début 2021, je ne pensais pas me présenter à la Présidence de la FNTR Mayenne. L’idée me trottait dans la tête depuis un certain temps, je savais qu’un jour j’irai, mais pour moi, cette année, ce n’était vraiment pas le moment. Et puis bon… Au final, ce n’est « jamais le moment. » Il y a toujours une contrainte, quelque chose qui fait que… Alors, au cours de notre dernière Assemblée Générale, je me suis persuadé, et j’ai dit : « Ok, j’y vais ! » D’autant que pour moi, les sujets prioritaires sont évidents : d’abord, il nous faut travailler sur l’attractivité de notre secteur. C’est essentiel. Puis, se concentrer sur la formation. Voire, l’information, et ce, auprès des écoles notamment… En résumé, mieux faire connaître nos métiers, dans la mesure en plus où nous sommes particulièrement touchés aujourd’hui par un manque de main d’œuvre. En Mayenne, nous sommes pourtant un département très dynamique en termes d’emplois. Et malgré cela, c’est très difficile d’attirer de nouvelles recrues. Quel que soit le domaine. Conducteur, c’est ce qui apparaît de plus évident… Or, il y a aussi tout un tas d’autres métiers, des métiers de l’ombre, mais nécessaires à toute entreprise. On recherche notamment des mécaniciens, des exploitants, etc. Tout ça pour dire que, sur le marché de l’emploi, il nous faut peser davantage. Nous souffrons terriblement d’un manque d’attractivité. J’en avais déjà pris conscience il y a deux ans, en voulant participer à un forum des métiers, dans le collège de mes enfants. La veille de l’événement, l’établissement m’appelle et me dit : « Désolé, mais les élèves n’ont pas retenu votre entreprise. » Ça ne les intéressait pas. Nous devons donc absolument corriger cela, aller dans les écoles, les CIO (Centre d’information et d’orientation), etc. afin de promouvoir véritablement nos métiers. Ou, peut-être même, avant de les promouvoir, les faire connaître. Tout simplement.

Autre point clef que j’ajouterais à ma feuille de route : le département est riche de transporteurs (un certain nombre, même, font partie du Conseil départemental). Nous sommes donc assez représentatifs vis-à-vis de la FNTR, et il ne faut surtout pas que l’on perde ça. Mieux, même, nous devons l’accentuer. En fédérant de nouveaux adhérents. En améliorant le contenu de nos réunions, pour mieux répondre aux attentes de tous, avec une information plus directe, et en s’intéressant à ce que l’ensemble de nos adhérents attendent de la Fédération. Nous ne nous en rendons pas toujours compte, mais nous avons entre nos mains une mine d’informations incroyables, et nous ne les utilisons pas toujours suffisamment. Nous devons bien informer de tout, et de tous les services qu’offre la FNTR. Nous avons des adhérents qui n’exploitent pas suffisamment les services FNTR, et d’autres, non adhérents, qui ne comprennent pas encore l’intérêt que cela pourrait représenter pour eux. C’est donc aussi ça que l’on se doit d’améliorer. Tout ce que nous faisons est déjà bien, mais nous pouvons encore faire mieux. Je suis d’une autre génération que mon prédécesseur, en conséquence de quoi je vais forcément faire différemment de ce qui a été fait avant moi.

Pourquoi cette envie profonde de représenter la FNTR au sein de votre région ?

Parce que c’est un métier passionnant et que j’ai envie de voir les choses avancer, progresser, et surtout aller dans le bon sens. C’est pour ça que j’ai envie de me battre.

Presque deux ans après le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, comment se porte le secteur aujourd’hui au sein de votre région ?

En termes d’activités, le secteur se porte plutôt bien. Avec quelques difficultés ponctuelles liées notamment à l’approvisionnement de certaines pièces. Mais globalement, c’est plutôt dynamique en ce moment. Le plus difficile, finalement, c’est l’aspect psychologique, avec des personnes qui se posent des questions sur leur avenir, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel… Et forcément, cela s’en ressent dans la production également. Il nous faut donc accompagner ces personnes sur ces sujets-là. J’en parlais aussi précédemment, d’autres difficultés sociales s’accentuent, telles que le manque de main d’œuvre, même si depuis quelques semaines nous recevons davantage de CV, mais cela restera éphémère. En parallèle, les coûts augmentent dans tous les sens, et ça c’est un gros problème. Il y a une réelle inflation, et nous sommes toujours en difficulté, du fait de l’après-Covid, pour revaloriser à juste niveau nos prestations de transport. Pourtant, tous les voyants sont au vert pour aller chercher des augmentations. Seulement, nous avons de réelles difficultés à augmenter nos tarifs. Nous faisons tout pour fidéliser, entre le confort et le salaire, mais cela nous coûte énormément…

Nous entrons dans une année électorale. Or, on le voit, au quotidien, les politiques ont tendance à ignorer le secteur. Quels messages souhaiteriez-vous leur faire passer ?

Ce dont nous avons besoin, actuellement, c’est de l’aide à la formation. Nous, nous sommes prêts à former des personnes. Ce que nous faisons déjà, d’ailleurs. Alors, parfois, on va considérer cela comme une dépense inutile, car, on forme, on forme, et puis à l’arrivée ça ne fonctionne pas toujours. Mais si les gens avaient davantage accès à l’information, il y aurait un tri naturel qui se ferait dès le départ. C’est pour ça qu’il faut absolument être aidé pour former, fabriquer des profils. Ce sont nous, les entreprises, qui sommes les mieux placées pour le faire. A condition aussi de prendre le temps. Et forcément, tout ça, ça a un coût. Donc : « Aidez-nous, financièrement, à former les talents de demain. » Ce message-là, pour moi, est fondamental. Prioritaire, même.

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