Interview de François Baudoin, Président de la FNTR Bretagne

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François Baudoin

François Baudoin, comment se porte le secteur dans votre région, plus d’un an après le début de la crise sanitaire ?

Je pense que ce ne doit pas être très différent des autres régions de France. Comme tout le monde, on a subi le confinement. Donc ça nous a tous coûté très cher, même si on a continué à travailler… Après, selon les secteurs d’activité, les conséquences ont bien évidemment été diverses. Ceux qui livrent pour les grandes surfaces se portent bien. Ceux qui livrent pour le CHR beaucoup moins. Ceux qui font de la voiture neuve sont mal. Ceux qui font de l’alimentaire, ça va… Et ceux qui font de la messagerie en distribution régionale sont en plein boom parce que la consommation s’est digitalisée à qui mieux-mieux, et que cet aspect a boosté les demandes… Mais encore une fois, tout cela n’est pas vraiment spécifique à la Bretagne. Le fonds de commerce agro-alimentaire breton a assez bien tenu dans l’ensemble, et parce que les aides de l’Etat ont joué leur rôle. Alors évidemment, les entreprises qui n’étaient pas bien portantes avant ne sont pas sorties grandies de cette crise. Peut-être même que, suite à cela, elles vont totalement s’arrêter… Maintenant, ce qu’il faut espérer, c’est que les choses reprennent normalement, et au plus vite.

Autre actualité bouillante : l’écotaxe. Comment expliquez-vous son retour sur le devant de la scène ?

C’est un retour que je ne m’explique pas. Il n’y a aucune explication à cela… si ce n’est bien sûr le fait qu’Emmanuel Macron, après avoir mis sur pied cette fameuse Convention citoyenne, se devait de retenir quelques idées parmi toutes celles qui ont été proposées. Sinon, cela aurait été invraisemblable… Et l’écotaxe en a fait partie. Mais à part ça, je ne vois aucune autre explication qui justifie un tel retour. C’est exactement le même projet que la dernière fois, en plus compliqué même, et plus difficile à mettre en œuvre. Et, forcément, comme la première fois, nous nous y opposons. Après, notre position, ce n’est pas uniquement de « s’opposer. » C’est aussi de « proposer. » Parce que ça dépend de quoi on parle. Si on cherche à s’attaquer au financement des infrastructures (ce que dit actuellement le texte de loi), nous, notre réponse c’est de dire qu’on paye déjà la taxe à l’essieu. Donc on ne voit pas pourquoi on devrait encore payer. Certains nous opposent également le fait que les camions étrangers ne payent pas pour les routes. Ce qui n’est pas faux. Mais si demain on met en place une écotaxe régionale, ils la paieront, certes, et donc ils paieront une contribution pour l’entretien des routes… Très bien. Quant à nous, on la paiera aussi, et, comme je vous le disais, cela viendra s’ajouter à la taxe à l’essieu. La double peine. Ce à quoi on s’oppose évidemment. Maintenant, si le sujet c’est d’accompagner la transition écologique, pas de problème ! Sauf que, là encore, ça fait quinze ans qu’on est sur le sujet, donc on n’a pas forcément de leçon à recevoir, mais oui, on peut en rediscuter, pour que les choses avancent, et ce, de façon intelligente. Plutôt que de nous taxer, il vaudrait mieux nous encourager financièrement vers le développement de motorisation propre, et, surtout, mettre tous les acteurs concernés autour de la table, histoire d’aller dans la même direction. Je vous donne un exemple très simple : on a en Bretagne un transporteur qui s’occupe de toute la distribution d'une certaine marque. Ils livrent donc l’ensemble ou la quasi-totalité des grandes surfaces de France et de Navarre. Un souci se pose à lui : une de ces grandes surfaces, située à un endroit, lui impose d’être livrée tel jour, et à une heure précise, puis une autre enseigne lui impose le même jour… mais deux heures après, et en plus celle-ci se situe à trois heures de route ! Donc ça ne passe pas. Et il faut démultiplier les véhicules. Et ce transporteur, qui fait des gros volumes, m’explique qu’il ne roule jamais, ou très rarement, au-delà de 60% de capacité de charges… C’est tout de même une aberration totale. Il faut à un moment donné qu’on retrouve la raison. La première solution pour l’environnement de demain, c’est déjà de moins consommer. Mais il faut raisonner tous ensemble. C’est essentiel. J’ajouterais aussi ceci : depuis plusieurs années, c’est un transporteur routier qui a repris en main la gestion du terminal et l’affrètement des trains de caisses mobiles depuis Rennes vers plusieurs destinations tel Lyon. Cela représente une économie jusqu’à 80 camions par jour sur ces axes routiers. Cela démontre qu’il n’y a pas à opposer les modes de transport, en tous cas pas dans notre esprit. Enfin, dernier point : si cette taxe a pour vocation de remplir les caisses de l’Etat, bon, on peut comprendre qu’ils aient besoin de trouver de l’argent… mais il n’y a pas de raison que ce soit à nous de payer pour tout le monde. On sait que le secteur du transport, c’est le client idéal pour taxer. Cela peut générer beaucoup de budget, mais, définitivement, ce n’est pas la solution. Quand un projet est difficile, il faut toujours un tiers de contention, et deux tiers d’extension. La contention, ici, c’est la taxe, mais l’extension c’est quoi ? On est prêt, nous les acteurs du transport, à être très actifs sur cette question, mais il faut aussi qu’il y ait des signaux positifs qui nous soient envoyés. Que l’article 32 soit supprimé, notamment. Bon, on ne se fait pas trop d’illusions, mais c’est quand même ce qu’on demande.

Au-delà du combat contre l’écotaxe, quelles sont selon vous les autres actions à mener, aujourd’hui et demain ?

Il y en a plein. Ne serait-ce que ce déséquilibre qui règne dans notre secteur actuellement. On manque de personnel. Quand on en a, on a du mal à bien le payer, dans la mesure où nous-mêmes, transporteurs, nous avons du mal à gagner notre vie… Bref, ça, c’est à mon sens la priorité. Il faut aussi se battre contre la concurrence européenne. Je suis un fervent défenseur de l’Union européenne, mais force est de constater que cette construction a mis à mal notre secteur.

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