Interview de Florence Berthelot, Déléguée générale de la FNTR

10min -
Interview de Florence Berthelot, Déléguée générale de la FNTR

Comment se porte le secteur du TRM aujourd’hui, un an et demi après le début de la crise sanitaire ?

Notre dernière enquête de conjoncture montre que le deuxième trimestre a été plutôt positif. Néanmoins, nous restons extrêmement attentifs, parce que certains facteurs pourraient venir entraver une reprise plus soutenue.

Quels sont-ils, ces facteurs ?

En premier lieu, il y a le problème du recrutement, qui est actuellement vraiment très aigu dans les entreprises. C’est la raison pour laquelle nous travaillons sur le sujet, notamment avec Philippe Dole, qui a été missionné par le Ministre du Travail sur les secteurs en tension, pour voir quelles pourraient être les solutions à la fois de court terme, de moyen terme et de long terme. Cette situation était déjà latente avant la crise sanitaire, aujourd’hui elle reprend, et de plus belle. Il faut y remédier.

Nous serons aussi extrêmement attentifs aux facteurs exogènes économiques. La consommation va-t-elle se maintenir ?. Il y a un problème de pénurie de matières premières qui peut impacter, tant nos marchés que notre secteur, et ce, à travers les retards de livraison de camions, de pneumatiques, ou autres… C’est donc un secteur qui reste fragilisé.

Autres « cailloux dans la chaussure », nous avons toujours de nouvelles règlementations, notamment celle concernant les équipements hivernaux, une mesure qui entrera en vigueur dans plusieurs dizaines de départements à partir du mois de novembre, et sur laquelle le plus grand flou demeure encore. En outre, cet aspect « règlementaire » est de nature à crisper les entreprises. Inévitablement.

Concernant la question du développement durable, le principe de nouvelles taxations a finalement été adopté  par la Loi Climat et résilience. Ces taxations risquent donc de voir le jour d’ici deux ans. Il s’agit du rabot de la TICPE, et éventuellement des écotaxes régionales. Et dans un secteur dont la compétitivité n’est déjà pas excellente, ces perspectives de fiscalité supplémentaire sont de mauvaises nouvelles.

Et ce, alors même que les entreprises poursuivent leur transition énergétique ! Bien que leurs capacités d’investissement soient réduites… Mais c’est là tout l’enjeu : quel calendrier suivre, avec quelle énergie alternative, et, aussi, quel véhicule alternatif ? Les travaux de la Task Force, initiée par le Ministère des Transports, ne sont pas encore terminés mais il permettent d’avoir déjà une vision beaucoup plus réaliste, une vision de terrain, pour savoir comment et selon quel calendrier on peut réaliser cette transition énergétique du secteur dans des conditions économiquement soutenables.

Ces questions sont aussi d’actualité au niveau européen, avec la poursuite de la mise en œuvre du Paquet Mobilité et le « Green Deal ».  Ce dernier s’est traduit par la publication en juillet dernier de ce qu’on appelle le « fit for 55 », qui prévoit que chaque secteur, au-delà du nôtre, puisse réduire ses émissions de 55% à horizon de 2030. Ce qui nous paraît très ambitieux pour le secteur des transports du fait de l’incertitude sur la disponibilité de véhicules alternatifs, et d’énergie, et de réseaux de ravitaillement. Quoi qu’il en soit, la FNTR demeurera toujours très présente au niveau européen pour porter la voix des transporteurs, en partenariat avec ses homologues allemands et nordiques avec lesquels nous partageons un bureau commun à Bruxelles.

Quelle est, selon vous, l’urgence absolue ? même si on comprend bien que tout est important…

Il y a la transition énergétique, forcément. Il faut bien rappeler à tous que nous ne sommes pas l’ennemi de l’écologie, et que nous sommes des citoyens avant tout. De fait, nous participons aux objectifs qui ont été fixés par la France sur cette question.

L’urgence est également de pouvoir apporter aux entreprises des solutions concernant la pénurie de personnels et notamment de conducteurs. Le transport routier de marchandises est un très gros pourvoyeur d’emplois sur l’ensemble du territoire. Un certain nombre de salariés vont bientôt partir en retraite ou en congé de fin d’activité. Tout l’enjeu est donc de pouvoir à la fois les remplacer, et en de pourvoir à de nouveaux emplois. Ce qui est tout à fait possible dans notre secteur, compte tenu d’une activité qui reste soutenue – même si elle a ralenti. Notre croissance risque d’être entravée par cette tension sur le recrutement.

Nous sommes enfin très attentifs à l’évolution de la situation économique, à la pénurie de matières premières et à l’accélération de l’inflation.

Le secteur propose également une réelle diversité dans les emplois…

Oui, les enjeux que nous traitons touchent aussi à la mixité, aux handicaps… A la reconversion aussi. Nous avons un très bon système de formation, et de financement de la formation, qui nous permet de pouvoir former des gens de tout niveau pour les emplois à pourvoir, que ce soit pour un poste de conducteur, d’exploitant ou autre. Ce sont des points clef sur lesquels nous travaillons, comme nous travaillons également sur la qualité de vie au travail, à travers la convention que nous avons avec l’ANACT, pour notamment lever les freins à l’embauche.

Le secteur du TRM est toujours en constante mutation, il s’adapte à tout et c’est pour ces raisons qu’aujourd’hui nous sommes en capacité d’intervenir sur tous les sujets qui concernent les entreprises de transport. C’est un rôle de Fédération, et c’est un rôle de long terme sur lequel il n’y a pas forcément de publicité constante qui est faite, mais qui occupe beaucoup l’ensemble de nos collaborateurs, que ce soit au niveau national ou en région.

Justement, et plus que jamais, la FNTR continue de porter la voix des transporteurs. Quels sont les grands rendez-vous de cette rentrée pour la Fédération ?

Outre notre présence à la SITL (du 13 au 15 septembre) ainsi qu’à Solutrans (du 16 au 18 novembre), il y a bien entendu le Congrès de la FNTR, qui se tiendra le 30 septembre prochain, de façon dématérialisée, en raison du contexte sanitaire qui était trop incertain à l’époque où nous préparions cette nouvelle édition. Cette année est une année d’élections du Président et du Conseil de direction. Il s’agit donc d’une échéance importante pour notre Fédération.

Nous entrons également dans une année d’élections capitales sur le plan national. A quoi la FNTR va-t-elle veiller tout particulièrement ?

Le rôle d’une Fédération est de savoir s’opposer à des mesures contraires aux intérêts de nos adhérents mais aussi de formuler des propositions. Ce sera le cas dans le cadre des élections législatives et Présidentielle. Nous devons sans cesse rappeler le rôle essentiel et incontournable. Cela a été particulièrement visible durant la crise sanitaire notamment lors du premier confinement. Si le transport routier s’arrête, tout s’arrête. Mais il faut aussi que les décideurs politiques nous appréhendent enfin comme un véritable acteur économique, au-delà de l’approche de la seule transition écologique et énergétique.

Il sera donc primordial de participer au débat public tout au long de cette période électorale à venir, justement pour rappeler l’importance de ce secteur, tant au niveau économique que sociétal.

Dernières actus

15/09/2021
SITL, jour 3
2min Retrouvez la FNTR sur son stand Hall 1 P54 aujourd’hui dès 10h. Détail du programme de la journée.
Haut de page