Interview de Bruno Bernardin, Président de la FNTR Auvergne

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Interview de Bruno Bernardin, Président de la FNTR Auvergne

Plus d’un an après le début de la crise sanitaire liée à la Covid-19, comment se porte le secteur du TRM dans votre région ?

C’est très aléatoire, et je suppose que la situation est la même dans les autres régions. De notre côté, et en ce qui concerne la messagerie par exemple, elle se porte bien, parce qu’avec le e-commerce l’activité n’a pas cessé. Alors certes, le niveau n’est pas le même qu’à Noël ou au Jour de l’An, mais néanmoins il reste bon. Après, il y a aussi le domaine des TP (Travaux Publics) qui continue de fonctionner, car sur l’Auvergne il y a ce qu’on appelle la RCEA (la route Centre-Europe Atlantique) qui doit être refaite. Une « deux fois deux voies » de 100 km. Deux ans de travaux. Les entreprises de TP ont donc de quoi faire. Pour le reste, les camions frigorifiques ou les citernes notamment, ils sont dans une situation un peu plus mitigée. Ils ont connu des périodes « basses » et n’ont jamais réatteint le volume de l’année avant-Covid.

Voilà en gros, pour notre région. Il y a des plus, des moins, mais pas de véritable catastrophe. Aucune entreprise ne s’est retrouvée sans travail.

Outre cette crise sanitaire, l’écotaxe est LE sujet qui inquiète beaucoup la profession actuellement. Comment expliquez-vous ce retour sur le devant de la scène ?

Ce n’est pas vraiment un retour, puisque cette idée d’écotaxe n’a en réalité jamais été totalement abolie. Elle l’a été d’une certaine manière lorsque nous, transporteurs, avons montré les dents. Pour autant, tous les portiques sont restés en place, et il y avait bien une raison à cela. Maintenant, la question que l’on se pose est : comment vont-ils concrètement l’appliquer ? Ça, ça reste encore à déterminer. Mais c’est encore un coup dur pour notre profession. On a aussi un peu l’impression qu’ils essayent de faire passer cela en douce, au beau milieu de la crise Covid, en espérant – peut-être – qu’on ne va rien voir. D’autant que tout s’accumule. Le gasoil est loin d’être à la baisse, il monte tranquillement mais sûrement, il y aussi le GNR qui va augmenter, les équipements obligatoires de certains véhicules en période hivernale… Bref, à force d’ajouter encore et encore des couches, notre profession finit par être à bout. Cela devient très compliqué au quotidien. Nous n’avons même pas été inclus dans le plan de relance alors que nous étions là au plus haut de la crise pour alimenter le pays. Donc non seulement cette écotaxe est absurde, mais en plus elle intervient dans une période insensée. On ne prend pas une telle mesure en plein tumulte.

C’est un de nos combats au quotidien. Quels sont les autres, selon vous, à mener urgemment ?

Celui contre la concurrence étrangère. Mais c’est d’autant plus difficile qu’en France on augmente tout, et on nous impose des choses sans jamais chercher à parler avec la profession. Alors qu’il faudrait commencer par ça. Discuter tous ensemble. Bien sûr qu’on doit encore s’améliorer, mais il y a déjà beaucoup de choses qui ont été faites. Et il faut maintenant nous laisser un peu de temps, ou alors nous donner les moyens de pouvoir progresser encore davantage. On nous demande de rouler avec des camions au gaz, mais, en Auvergne par exemple, les stations de gaz se comptent sur les doigts d’une main. En région parisienne ou ailleurs, c’est peut-être plus simple, mais pas ici. Donc commençons déjà par régler tous ces problèmes, avant de nous imposer des choses impossibles à gérer. Seulement, encore une fois, la discussion n’est pas au rendez-vous…

Justement, dans quelques semaines aura lieu la seconde Semaine Nationale du TRM organisée par la FNTR. L’occasion de rencontrer nos élus. Pensez-vous que ce soit une bonne occasion pour réengager le dialogue ?

Oui, nous sommes trop méconnus. Nous travaillons dans notre coin. Peut-être n’avons-nous pas été suffisamment ouverts vers l’extérieur, comme d’autres secteurs ont pu l’être. Donc, oui, c’est aujourd’hui une excellente chose d’ouvrir nos portes, de montrer concrètement tout ce que l’on fait, et aussi ce que l’on est : nous sommes volontaires, nous avons envie de travailler, et nous aimons ce travail. Moi, demain, je ne sais pas ce que je ferais si je n’étais plu dans le transport. J’aime profondément ce que je fais. En plus, nous recrutons. Bon, là, il y a la Covid. Mais sans ça, nous avons toujours été un secteur fort d’emplois. Et ça, les élus ont un peu tendance à l’oublier. Ou le savent pas. Nous sommes vus comme des gens qui ont de gros camions, qui sont dangereux sur la route, et qui polluent. Il faut absolument qu’on change cette image. La FNTR s’y attèle déjà. Et c’est bien. Mais il faut poursuivre en ce sens. Tous les efforts fournis pendant la crise nous ont aidé à être davantage reconnus. Hélas, ensuite, nous avons vite été oubliés... Le premier message à renvoyer, c’est de dire que nos entreprises sont performantes, avec une haute technicité, et pleines de bonnes volontés. Rappelons avant toute chose qu’il n’y a à ce jour pas plus performant qu’un camion. Les drones, nous n’y sommes pas encore… Et si demain il faut livrer avec des drones tout ce que nous, nous livrons avec un camion… Ce n’est plus un ciel qu’on aura, ce sont des nuages et des nuages de drones.

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