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Edito FNTR : Progrès social...

Le 08/11/2018

Edito FNTR : Progrès social...

Edito FNTR du 09/11/18

Toute entreprise de transport qui emploierait des sans-papiers ou des mineurs s’exposerait à de très lourdes sanctions pour travail illégal. Elle serait même susceptible de voir son nom figurer sur la liste dédiée sur Internet. Il est donc parfaitement scandaleux de voir que certains « auto-entrepreneurs » travaillant pour des plate-formes de livraison très connues se livrent à ce genre d’exploitation en toute impunité. La pratique consiste pour un auto-entrepreneur à « louer » son compte ouvert en bonne et due forme, et à faire faire le travail par quelqu’un d’autre à un salaire de misère, tout en touchant la rémunération prévue initialement par la plate-forme.

L’exploitation 3.0 de l’homme par l’homme. Apparemment, ça se sait, c’est notoire et... personne ne fait rien. Pire, la livraison dite « collaborative » conserve auprès du public et des administrations une image très sympathique. Ceux qui en dénoncent les dérives passent pour des ringards, des réfractaires au progrès voire les défenseurs d’un « monopole ». Franchement, si c’est pour avoir le monopole des contrôles de l’Inspection du Travail ou de l’URSSAF, pas de doute : on est prêt à partager avec qui veut. Mais outre le fait de tirer profit de migrants, de personnes en grand désarroi social, le problème est qu’en réalité, le contrôle porte principalement sur ceux qui essaient de respecter les réglementations imposées, même si elles sont compliquées ou lourdes. Il y a peu, une entreprise de transport a vu débarquer des dizaines de contrôleurs et policiers, la suspectant de ne pas payer complètement les heures supplémentaires.

On aimerait bien voir une telle mobilisation contre les nouveaux esclavagistes qui se servent des outils modernes pour s’enrichir au détriment des plus démunis. Et il serait utile qu’on prenne conscience que le progrès n’est pas d’avoir son hamburger livré en 10 minutes. A défaut de perdre son argent, on en finit par en perdre son sens des responsabilités et son humanité.

Florence Berthelot