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Edito FNTR : plaidoyer pour une autre Europe

On savait le secteur du transport en avant-poste de l’économie. Le voilà propulsé en avant-poste de la politique.

EDITO DE LA FNTR DU 05/10/2016

Le 27 septembre, huit ministres ouest-européens ont écrit à Madame Bulc, Commissaire aux Transports. Cette lettre est d’abord une réponse au Groupe de Visegrad (Pays de l’Est) qui avait lui-même dénoncé auprès des autorités européennes l’adoption par la France et l’Allemagne de mesures sur le détachement de salariés, qualifiées de protectionnistes. Le document de trois pages n’est pas que défensif.  Plus encore, cette lettre est une véritable profession de foi pour une Europe intégrée, dont l’objet dépasse très largement le transport. Qu’on en juge : « L’Union européenne doit aller au-delà d’une communauté économique où la priorité absolue est donnée à la libre concurrence et à la recherche du profit maximum » ;  « contre la montée du populisme dans beaucoup de pays européens, nous devons rendre l’espoir à nos citoyens (…) d’une Europe intégrée … ».

La situation du transport est donc l’emblème de ce qui marche, et surtout de ce qui ne marche pas en Europe. On savait le secteur en avant-poste de l’économie. Le voilà propulsé en avant-poste de la politique. Ce n’est guère étonnant, l’Europe s’est bâtie sur l’ouverture du transport et des échanges. Mais ces principes de libre circulation des biens et des personnes -qui sont des valeurs fondamentales- sont aussi devenus des dogmes. Or, ces dogmes sont intenables quand le marché est à ce point ouvert qu’ils mettent en concurrence directe des opérateurs qui ne travaillent pas aux mêmes coûts.

L’Europe ne peut plus se construire systématiquement au profit de certains et au détriment des autres, plus nombreux. La preuve en est que le Groupe de Visegrad représente des pays d’une population totale de 108  millions de personnes, en incluant la Grèce. Les signataires de la lettre du 27 septembre en représentent, eux, 265 millions. Il faut se réjouir de cette initiative politique. Il faut même la soutenir activement. Car désormais, ce ne sont pas deux blocs qui s’affrontent. Ce sont deux visions. L’une pense que l’Europe n’est qu’un marché. L’autre la voit comme une Union politique voire sociale. Cette conviction exprimée de manière écrite mais affirmée doit se traduire par des actes. Peut-être qu’elle anticipe la seule solution pour que l’Europe n’explose pas : une Union à deux vitesses. Pour ne plus rester en panne...