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Edito FNTR : « Moi je travaille ! »

Edito FNTR : « Moi je travaille ! »

EDITO DE LA FNTR DU 15/12/2016

Il y a des interviews qui feront mourir de rire nos petits-enfants quand ils auront l’occasion de les revoir dans les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel. Pour preuve, jeudi matin 8 décembre, 7 heures du matin, sur une chaine d’informations en continu. Une journaliste qu’on a lancé dans les rues de Paris, se promène avec un micro à la main et interpelle les automobilistes à l’arrêt. Brandissant son micro en mousse sous le nez du conducteur, elle porte l’accusation : « Monsieur ! Nous sommes en circulation alternée ! Seules les plaques paires sont autorisées à circuler, et vous avez une plaque impaire ! ». La phrase du siècle...

Manifestement, il aurait pu se promener avec une arme, ou en petite tenue (ou les deux à la fois), il aurait subi moins de reproches. Mais sans se démonter, l’interviewé répond avec aplomb « moi j’travaille ! ». On n’y aurait jamais pensé : c’est vrai que Paris fourmille d’inconscients qui prennent la voiture dès potron-minet juste pour se balader... En tous cas, la journaliste en reste sans voix.

Quand on exerce dans le transport routier, et qu’on regarde un spectacle aussi édifiant, on se dit que les particuliers ont de la chance. Ceux qui travaillent s’affranchissent de toutes les règles. Mais les camions eux sont obstinément interdits. Et pourtant si certains devraient travailler, ce sont bien les transporteurs, surtout en période de fêtes. Déjà que les politiques de tous poils ne se sont pas gênés pour pointer du doigt les poids lourds, reparler d’écotaxe, etc... Pour se taire peu à peu.

Car quand la pollution s’aggrave alors qu’une énorme partie de la flotte est au garage, c’est bien que les camions n’y sont pas pour grand-chose. On imagine ce qu’aurait été la réaction si, à la place d’un automobiliste, cela avait été un conducteur de poids lourds qui, enfreignant toutes les règles, avait été surpris en train de livrer en catimini ses marchandises. Il aurait pu répondre « moi, j’travaille », rien n’y aurait fait. On se doute qu’il aurait fini menotté sous l’opprobre de l’opinion publique, responsable à lui seul de toute la pollution urbaine. Le pic de pollution s’est achevé : dimanche matin dans un ciel bleu radieux, l’usine de retraitement des déchets de Saint-Ouen laisse échapper un épais nuage de fumée qui se dirige droit vers la capitale. Toujours pas de camions dans les rues. Les autorités publiques ont refusé de déroger aux interdictions de circuler le week-end empêchant les entreprises de transport de rattraper leur retard. La prochaine fois que vous verrez un livreur bloquer une rue de Paris, pour décharger les marchandises, ne le maudissez pas. Lui, il travaille. Aussi.