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Edito FNTR : Les tenants du Bien

Edito FNTR : Les tenants du Bien

Edito FNTR du 23/01/19

A Paris, les gens sont devenus fous. Bon, les gens qui vivent ailleurs en France le savaient déjà. Mais ça se confirme. La mode des « nouvelles mobilités » fait que le grand chic, c’est de ne pas utiliser de voiture (politique municipale oblige) et d’adopter toutes sortes de moyens de locomotion : vélo, trottinette, gyropode, hoverboard. Les deux derniers sont des machins à une ou deux roues où 1). On passe plus de temps à se casser la figure qu’à rouler  2). On a l’air complètement ridicule. Le truc c’est de rouler « décarboné ». L’inconvénient, lorsqu’on est piéton, c’est que soit on slalome entre nombre de ces engins garés n’importe où n’importe comment, soit on manque de se faire catapulter plusieurs fois par jour par les utilisateurs. Mention spéciale pour la trottinette électrique dont il est notoire désormais qu’elle peut aller plus vite qu’une voiture -y compris une voiture de police- sur une autoroute urbaine. Notons au passage que le vélo et la trottinette n’ont rien de bien nouveau : on en a tous fait quand on était gamin. Ne manquent plus que les bons vieux patins à roulettes (avec patin en métal télescopique et les lanières en cuir qui se coinçaient dans les roues).  Ils ont l’air tout fiérots ceux qui les utilisent. Pensez, ils sont dans le camp du « bien », là où on ne pollue pas et on n’émet pas de gaz à effet de serre (sauf sa propre respiration).

Chose vue récemment, boulevard Magenta -grand boulevard où entre la chaussée, les voies de bus et les pistes cyclables, les trottoirs ont été réduits à portion congrue- un cycliste actionnait sa sonnette comme un furieux car des piétons osaient marcher sur la voie qui lui était réservée. Il vociférait « Laissez passer ! Je ne pollue pas moi !»  ajoutant des tas de noms d’oiseaux et le mot d’un Maréchal d’Empire. S’en est suivi un échange verbal avec un piéton (certain d’encore moins polluer que qui ce soit), empreint de toute la courtoisie parisienne internationalement réputée : « Va donc hé Duc… (sans doute un autre aristocrate) ! Ton vélo, il est en carbone ! ». La répartie populaire n’a pas d’équivalent. Une dernière chose : les tenants du Bien sont bien moins nombreux en hiver. Allez savoir pourquoi...

Florence Berthelot