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Edito FNTR : Langages savants

Edito FNTR du 14/12/2017

Les Assises Nationales de la Mobilité ont donné lieu à des (dizaines) de réunions d’échanges qui ne portaient pas uniquement sur la taxation des poids lourds. Si, si. En tant que citoyen, c’était intéressant et il y avait des choses à dire. Parlons des mots justement.

On a quand même eu droit à de grands moments. Comme dirait un grand philosophe à propos des marins : « c’est curieux ce besoin de faire des phrases ». Il y a toujours quelqu’un qui ne peut pas s’empêcher d’utiliser le jargon au lieu de dire les choses simplement. Nous avons déjà précédemment évoqué les modes « doux » aussi qualifiés « d’actifs » pour désigner tout bêtement la marche ou le vélo. Mais que dire de cet acharnement répété à combattre « l’auto-solisme » ? Non ce n’est pas un gros mot qui cache une attitude honteuse. Cela signifie être seul dans sa voiture, manie absurde qu’il faut combattre notamment avec « l’auto-partage » mieux connu sous le nom de « co-voiturage ». Comment ne pas être ébahi quand une dame manifestement très savante explique que le choix des modes est régi par des considérations « géo-spatiales » ? Au passage créer un mot avec une racine grecque et une racine latine qui disent la même chose, soit créer une racine carrée sémantique c’est fort...

Le pompon, cela sans doute a été la notion de « transport inclusif ». Assez proche d’ailleurs de la notion de transport « solidaire ». Soyons honnêtes, à la première écoute, la personne lambda ne comprend pas forcément. Il s’agit du transport accessible à tous. Mais cela n’est pas forcément évident. On essaie de mettre en opposition un transport exclusif, dont on pourrait penser qu’il s’agit d’un transport dédié. Non le transport inclusif inclut, le transport exclusif exclut. Bigre ! Il y a des moments (pas tout le temps heureusement) où ça planait à 15 000.

On espère qu’à la fin la politique des transports qui en sortira descendra des sphères et sera gouvernée par le pragmatisme et non par le dictionnaire. Et à certains « sachants », on dira en conclusion, sans polémique et avec un peu d’amusement : « ce n’est pas parce que vous pensez vous adresser à des péquins qu’il faut parler chinois ». Tiens... Audiard aurait pu la faire celle-là.

Florence Berthelot