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Edito FNTR : Jour assis

Essayons de se mettre à la place de l'automobiliste coincé dans les embouteillages du fait des blocages routiers

EDITO DE LA FNTR DU 25/05/2016

Essayons de se mettre à la place de l'automobiliste coincé dans les embouteillages du fait des blocages routiers la semaine dernière. Outre le fait qu'il a passé une partie de sa journée, assis dans sa voiture, à attendre qu'on débloque un rond-point ou que les opérations escargot cessent, on doit se demander qu'est-ce qu'il a pu comprendre du mouvement.

Officiellement deux syndicats des salariés du transport routier protestaient contre « l'inversion de la hiérarchie des normes ». Mazette ! Comme mot d'ordre revendicatif, il faut avouer que ce n'est pas parlant. Plus clair, les manifestants exprimaient l'inquiétude de voir leurs heures supplémentaires majorées à seulement 10%, d'où une perte nette de salaire. Tout ça parce que la loi dite Travail prévoit qu'on peut changer la majoration de ces heures par accord d'entreprise. Curieux. La disposition existe dans le Code du Travail depuis 2008. Et... ôtez-nous d'un doute : pour faire cela, il faut négocier avec les syndicats, et si les syndicats n'en veulent pas, la mesure ne passera pas. Donc, sauf à manifester dans la rue pour s'opposer ce qu'ils redoutent d'accepter en entreprise, les syndicats font un cruel aveu de faiblesse.

Le temps passe et l'automobiliste s'impatiente. Si le problème porte sur une perte de salaire, pourquoi alors personne n'a jugé utile d'aller faire barrage devant un dépôt pétrolier, ou un supermarché lors de la suppression de la loi TEPA ? Car là, sans accord d'entreprise, par simple abrogation d'une loi qui leur était favorable, les conducteurs routiers ont perdu jusqu'à 200€ par mois pour certains, et ont vu dans le même temps, leurs impôts singulièrement augmenter.

Paradoxe : les syndicats de salariés étaient pour la suppression de la loi TEPA pour des raisons purement idéologiques. Ce sont les organisations patronales qui sont montées au créneau pour maintenir la défiscalisation des heures supplémentaires. Elles n'ont pas été entendues. C'est fou ce que la mémoire peut être courte parfois...

L'automobiliste, qui entend les cris des manifestants pour dénoncer « le grand capital », commence à se douter qu'ils n'ont pas de revendications concernant le secteur du transport routier, mais que ce mouvement s'inscrit dans une logique de solidarité avec les confédérations syndicales.

Quant à savoir si l’automobiliste comprend mieux les problématiques de concurrence inégale, les handicaps de compétitivité, la sur-fiscalisation des entreprises du secteur, on peut se dire que, malgré une journée assis dans son véhicule, il n'est pas plus avancé, dans tous les sens du terme.